Ce que j'apprécie le plus dans cette cure de désintoxication post-Hammett de Wenders, c'est la façon dont elle met à nu, sans fard, les mécanismes de sa propre création ; mais si cette mise en abyme cinématographique aurait pu constituer un récit en miroir intéressant entre 1) la qualité abstraite/surréaliste et définitivement indicible des choses dans le décor très littéraire du littoral portugais et 2) d'autre part la matérialité même et le caractère direct du décor hollywoodien de Los Angeles (avec des réalisateurs dont les noms sont enfin correctement orthographiés, The Searchers de Ford directement mentionné, le passage du livre au film / du monde des mots au monde des images, à un cadrage plus classique, etc.), c'est bien trop explicite et trop peu subtil pour parvenir à transmettre efficacement un quelconque message sur la nature substantialisante/objectifiante du Hollywood capitaliste plutôt que de donner l'impression d'une simple superposition d'un métafilm expérimental qui se la joue Le Mépris suivi d'une compilation de trente minutes d'aurafarming dans la capitale du cinéma.
Difficile de voir là autre chose que Wenders exorcisant son propre traumatisme du studio (ce qui se comprend), mais les dialogues flegmatiques et les compositions statiques jarmuschesques promettent plus qu'elles ne tiennent. La profondeur de champ en noir et blanc d'Henri Alekan sauve certains moments du didactisme total, et la présence de Fuller apporte une gravité et un semblant de discours sur la notion de légitimité dans le milieu du cinéma, mais bon, quand ton méta-commentaire devient à ce point pédagogique, c'est que tu as en quelque sorte raté le coche. Assez frustrant cependant, car il y a un film véritablement touchant sur l'exil créatif enfoui sous tout ce symbolisme d'école de cinéma.