Accompagné de la réputation peu flatteuse d'adaptation une peu ratée d'une brillante nouvelle de sf à l'esthétique de série B, "La Chose d'un autre monde, œuvre de référence pourtant est souvent considérée au regard du somptueux remake de Big John, dans une sorte de perception inversée.
Cependant, il faut reconnaitre lorsque l'on découvre l'adaptation de 1951, que la comparaison est un peu vaine tant les œuvres sont différentes et tant le scénario conçu par Charles Lederer, à la demande de Howard Hawks (producteur exécutif omnipotent et omniprésent), s'émancipe de son modèle littéraire, abandonnant notamment en grande partie la tendance horrifique induite par la nouvelle et reprise par Carpenter, dont le travail plus fidèle au matériau d'origine.
"The Thing from Another World" s'ancre plus volontiers dans les enjeux "science-fictionnels" de l'époque que ses trois* remake, développant (parfois longuement) les caractéristiques notamment végétales, de la forme extra-terrestre (l'image didactique de carotte intelligente, developpée par l'unique scientifique de la troupe est assez savoureuse).
De fait, c'est certainement dans une visée plus globale que "le bébé" de Christian Nyby, réalisateur crédité, affirme son caractère matriciel du cinéma de SF à tendance film catastrophe, empruntant également à la symbolique des films de guerre : des scientifiques (ici un seul ) à la vision opposée de celle des hommes en arme, l'un obsédé par les apports à la science, les autre accaparés par l'idée (noble) de sauver l'univers et déterminés à éradiquer la menace ; cette chose là a quelque part initié les grands films d'invasion Extra-terrestre (Independance Day 4 , la saga Alien...)
Evidemment, la patine et certains schémas classiques des 50's sont très présents, les scènes de dialogues à propos de la nature de la chose sont bavardes, explicatives et, peuplées de nombreux personnages dans une effet cacophonique surprenant ; le récit donne parfois le sentiment de chercher son ton se laissant aller à quelques sous-intrigues inutiles qui perturbent le rythme.
Pourtant, "La chose d'un autre monde" est un objet au charme indéniable à l'image de ses personnages et interprètes), un charme suranné peut-être, celui des débuts, de la naissance d’un genre (la découverte d’un monstre), qui le rend unique et finalement incomparable avec ses successeurs.
* On peut ajouter au deux "The thing" de 1982 et 2011, "Terreur dans le Shanghai Express" de 1975