Good gracious !
Quel plaisir de découvrir, au milieu d'une vaste opération commerciale consacrée aux grands classiques dans une chaine de magasin pour qui mon attirance dépasse le simple cadre sentimental, un inédit de Powell et Pressburger.
Un, qui plus est, de la grande époque: pas trop tôt (période quickies), pas trop tard (époque Australie), pile-poil la où il faut. En un mot, une production Archers.
http://sens.sc/YVKRyI

Tout le talent (je me retiens de dire tout le génie) du duo anglo-hongrois est de parvenir à faire d'un film à plusieurs facettes une œuvre étrangement chaleureuse et digne d'intérêt.
En effet, pendant un bon moment, on est bien incapable de dire si le sujet du film est la place d'un scientifique dans une officine proche de l'armée dont le but est de participer à l'effort de guerre, s'il agit de la description de la lutte d'un alcoolique contre le sujet de son affliction, la description de la relation d'un couple qui s'aime éperdument malgré les obstacles (le secret, l'infirmité, la maladie) ou enfin d'un film d'espionnage dont la clef du suspens sera la réussite ou non du désamorçage d'un nouveau type de bombe utilisé par l'ennemi.

Mais si ça marche, c'est bien entendu que chacun de ces aspects est réussi
L'aspect bureaucratique est magnifié par un humour sous-tendu par des dialogues dont seuls nos amis british ont le secret. La relation amoureuse de Sammy et Susan est éminemment touchante, notamment à travers leur volonté commune de lutter contre son alcoolisme qui prend des contours pour le moins inattendus.

Et puis, surtout surtout, il y a David Farrar.
Ce que j'avais soupçonné dans la Renarde ou la Narcisse noir explose ici de manière spectaculaire.
Ce type est la classe incarnée. Son aura irradie la pellicule à chaque plan. Parvenir à jouer un infirme alcoolique irrésistible tient de la gageure, ce qu'il parvient pourtant à faire de manière insolente de naturel.
Farrar, né 20 ans plus tard, aurait été le James Bond parfait.

En résumé, ce film pourrait, devrait valoir 7, mais il comporte de telles scènes (comment parvenir à un tel niveau de suspens dans le désamorçage d'une bombe ? Comment se montrer si visuellement frappant et drôle en montrant la lutte de Sammy contre le Whisky ? Comment faire d'un final romantique une telle réussite simple ?), son souvenir reste tellement vivace plusieurs heures après l'avoir vu, que le +1 du coup de cour, de la parfaite subjectivité (pour le reste, on est dans le scientifique, bien sûr) s'imposait.

Une nouvelle preuve que pendant les décennies 40 et 50, grâce aux Powell et Pressburger, Lean, Hamer ou autre Mackendrick, la planète cinéma gravitait autour de la Grande-Bretagne.
guyness

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