Le malaise qui s’incruste comme une tache d’huile

Alors là mon pote, c’est pas du polar qui fanfaronne, c’est pas du thriller à l’américaine avec des hélicos et des méchants qui ricanent en costard. Non. La Nuit du 12, c’est du vrai, du rugueux, du silence qui pèse lourd comme un parpaing dans un sac de sport.

Le pitch ? Une nana cramée vive à coups d’essence dans une ruelle. Charmant, hein ? Et là-dessus, t’as deux flics de la PJ de Grenoble qui débarquent. Pas des cow-boys, non, des types usés, les cernes en bandoulière et la clope triste. C’est pas Les Experts, c’est Les Épuisés.

Le capitaine Yohan Vivès, joué par Bastien Bouillon (un nom de potage mais un jeu tout en tension), il dit pas grand-chose, il fronce les sourcils, il dort mal, et plus il creuse, plus il se prend le mur. Parce que l’affaire, elle avance pas. Ou plutôt, elle tourne en rond. Chaque suspect a la tronche du coupable idéal, et pourtant… rien. Que dalle. Le genre d’enquête qui te fait douter de tout le monde, même du type qui t’apporte ton café.


Et là, on touche au cœur du truc. La Nuit du 12, c’est pas un film sur le crime, c’est un film sur le doute. Sur l’obsession. Sur ces flics qui bouffent des cadavres froids et qui rentrent chez eux avec la mort dans les poches. C’est pas qu’une enquête, c’est un poison lent.


Et la mise en scène… sobre, tendue et pas un plan qui déborde. C’est filmé comme un hiver sans fin. Chaque scène te glace un peu plus. Pas besoin de violons ou de ralentis à la con : juste des visages marqués, des silences lourds, des regards qui en disent plus long qu’un PV d’audition. Mais le plus fort, c’est ce que ça raconte sans le dire trop fort : la violence contre les femmes, le système qui rame, la justice qui patine pendant que la douleur reste là, tenace. Un film engagé, ouais, mais pas en mode donneur de leçons. Plutôt façon coup de genou dans les tripes.

Alors ouais, c’est pas le film que tu mates en grignotant des chips. C’est pas fun, c’est pas glamour. Mais putain, ça reste. Comme une vérité qu’on aurait préféré pas savoir.

Je lui fous 8 sur 10, parce qu’il faut du cran pour faire un polar sans résolution, et encore plus pour que ça te hante après le générique. Et ça, c’est pas donné à tout le monde. Même pas aux Américains.

Raoul-Volfoni
8
Écrit par

Créée

le 20 mai 2025

Critique lue 10 fois

Raoul Volfoni

Écrit par

Critique lue 10 fois

D'autres avis sur La Nuit du 12

La Nuit du 12

La Nuit du 12

4

ocean_jogging

48 critiques

Le féminisme pour les nuls

Si le sujet du féminisme ne vous a jamais réellement interpellé, ce film est fait pour vous: il regorge de toutes sortes de répliques bateau, néanmoins vraies, au point que vous réaliserez peut-être...

le 26 juil. 2022

La Nuit du 12

La Nuit du 12

7

Moizi

2565 critiques

Laura

La Nuit du 12 annonce la couleur dès le début : il y a des crimes irrésolus et ce film est l'histoire d'un de ces crimes. Le fait de vendre la mèche dès le début fait comprendre au spectateur qu'on...

le 31 juil. 2022

La Nuit du 12

La Nuit du 12

8

Eric-Jubilado

6832 critiques

Souvenirs d'un meurtre

Il y a quelque chose du brillant Memories of Murder dans le nouveau film de Dominik Moll, qui s'éloigne pourtant de son savoir-faire reconnu en matière de thriller pour livrer ce qui s'apparente...

le 29 déc. 2022

Du même critique

Balle perdue 3

Balle perdue 3

5

Raoul-Volfoni

13 critiques

Toujours plus de chevaux, mais plus grand-chose sous le capot

Bon. Là, j’vais pas te mentir : j’étais chaud. Balle Perdue 1, c’était le genre de film qui t’arrive dans la tronche sans prévenir, comme une patate dans un bar PMU. Le deux ? Moins nerveux, mais ça...

le 19 mai 2025

La Traversée

La Traversée

8

Raoul-Volfoni

13 critiques

Un radeau, des mômes et un bougon au grand cœur

Bon, alors là, j’te le dis tout de suite : j’y allais avec le frein à main. Un film sur un ancien flic qui doit encadrer des mômes en galère pendant une virée pédagogique ? On sentait venir la leçon...

le 23 mai 2025

Le Dîner de cons

Le Dîner de cons

9

Raoul-Volfoni

13 critiques

La connerie élevée au rang d’art majeur

Ah ben là, mon gars, on touche à du ciselé. Du grand art. Du bijou de salopard en costume trois-pièces. Parce que Le Dîner de Cons, c’est pas juste une comédie, c’est une leçon de choses. Et surtout...

le 20 mai 2025