Mieux que le titre français un peu maladroit, on aurait préféré que soit conservé le titre du roman dont est adapté le film d'Andrew Heigh (Week-End, 45 ans), Lean on Pete, traduit en français sous le titre Cheyenne en Automne (Willy Vlautin chez 13e note Editions, 2012). Lean on Pete, soit "se reposer" sur "Pete", ce qui traduit bien le désarroi auquel est confronté le jeune Charley Thomson, incarné par Charlie Plummer (avec un air de River Phoenix dans le regard et la chevelure). Les grandes vacances arrivées, Charley débarque à Portland seul avec son père, vivant dans le souvenir d'une mère absente et d'une tante perdue. Charley découvre, au détour d'un jogging, un hippodrome vétuste et trouve alors un petit boulot auprès d'un entraîneur de chevaux de course sur le retour (excellent Steve Buscemi). L'entrée dans l'hippodrome désert sera le premier des seuils que Charley franchira le long de sa quête. Il se lie d'affection pour Lean on Pete, un Quarter Horse, destiné à l'abattage après une dernière victoire. A la différence des œuvres qui traitent des rapports entre un animal et un adolescent, l’anthropomorphisme est heureusement totalement absent du récit. L'affection qui lie le jeune Charley et le cheval n'est motivé que par la compassion et l'identification à revers : c'est Charley qui ressent de l'émotion pour un cheval bientôt abandonné alors qu'il ne trouve aucun mot pour exprimer sa douleur. L'évocation du monde hippique (traversée par des travellings magnifiques sur les courses) est brutalement interrompue par la fugue de l'adolescent, vécue comme une fuite en avant. Le récit est porté par les souvenirs de Charley, qu'il porte à voix haute à l'oreille du cheval. La beauté du paysage (des plaines à perte d'horizon) est saisie par le cinéaste sans les clichés du genre qui présentèrent parfois la nature à la mode Into the Wild. Jamais un refuge pour le jeune héros, elle est plutôt un paysage mental et traduit l'absence d'affect du personnage, exsangue de toute émotion alors qu'il est ravagé par le chagrin. Une scène bascule ainsi d'un plan rapproché sur Pete et Charley vers un paysage dont l'immensité devient quasi absurde. Après avoir parcouru 1500 km de l'Oregon, en passant par l'Idaho (souvenir à nouveau de River Phoenix) jusqu'à Laramie, le troisième mouvement du film, qui alterne moments de grande douceur et d'extrême violence, s'achève dans un final qui vous déchirera le coeur.