Le Brio, c'est l'importance des mots plutôt que des idées. En introduction, on a des images d'archives de Serge Gainsbourg, Jacques Brel ou Claude Lévi-Strauss et c'est saisissant de les entendre s'exprimer chacun à leur époque. La différence avec le monde d'aujourd'hui est sidérante. Avec eux, il y avait un amour des mots, du vocabulaire, de la langue française. Une pensée construite. Il n'y a qu'à voir la richesse des rimes de Gainsbourg riches en allitérations, figures de style, jeux de mots. Ou Mitterrand qu'on voit également en interview face à Mourousi. Qu'on ait été pour ou contre leurs idées, Giscard ou lui, savaient bien mieux s'exprimer que les présidents actuels.
On suit une apprentie avocate banlieusarde qui va être formée par un prof de droit qui va lui apprendre l'éloquence. Deux milieux différents. Une wesh-wesh prompte à se victimiser, à revendiquer, à réclamer du respect (c'est même sa propre mère qui fait ce reproche à cette nouvelle génération) et un vieux prof aigri, raciste, seul, comme il en existe dans les facs de droit. Plus conservateurs disons au lieu de parler d'extrême-droite.
Ça donne des dialogues bien sentis entre les deux car ce sont deux cultures différentes qui s'affontent et qui vont se nourrir l'une et l'autre. Au-delà des dérapages verbaux de l'enseignant condamnables, c'est son exigence qui va permettre à l'étudiante de passer un cap. Et peut-être que ça, les jeunes n'ont plus l'habitude. Au collège, au lycée, dans les années 90, j'ai eu des profs durs vraiment dans certaines matières. En mathématiques, physique-chimie, allemand. Sur le coup, c'était difficile à en pleurer. Je devais vraiment serrer les dents et je leur en ai beaucoup voulu. Ça ne passerait plus aujourd'hui une telle discipline. Mais ils m'ont appris le goût de l'effort, de la persévérance, de la remise en question. Il fallait s'améliorer tout le temps (ne pas se contenter d'avoir un 15 ou un 16, viser un 17 ou un 18/20) et ça me fait chier de dire ça mais je les en remercie aujourd'hui.