Sur ce second long métrage documentaire le réalisateur Vincent Munier décide de nous emmener dans sa sphère familiale en nous présentant son fils et son père à l'instar de ce qu'avait pu faire Juliano Ribeiro Salgado dans Le Sel de la terre de Wim Wenders. Son père justement, Michel Munier, également photographe mais aussi naturaliste, sert de narrateur ayant pour vocation d'enluminer leurs errances de son expertise et apporter à l'ensemble une certaine poésie du quotidien. Et c'est exactement cette narration matérialisée par une voix off qui m'a crispé durant tout le film et qui fait, selon moi, défaut au projet.
Je considère que l'on est suffisamment emportés par le côté extatique des images qui nous sont proposées pour ne pas avoir quelqu'un nous soufflant par dessus l'épaule que ce que l'on voit est magnifique. Le point d'acmé a été atteint lors d'un plan large sur une forêt de conifères, traversée par une brume et balayée par un soleil rasant, dont la beauté picturale me semblait évidente (d'autant qu'elle est amenée par un procédé acoustique d'une grande sobriété) et se suffire à elle même. Un moment suspendu propice à l'amorçage d'une introspection mais immédiatement tué par la voix du narrateur nous signalant que ce que l'on voit est beau. Merci de m'en prévenir, c'était essentiel à la compréhension du ressenti qui me traversait.
Cet artifice m'avait déjà pas mal agacé sur La Panthère des Neiges mais on pouvait au moins accorder une certaine plume à Sylvain Tesson (en dehors des qualités intrinsèques de sa prose pour laquelle je ne me prononcerai pas) qui avait pour effet d'amener une caution artistique pouvant faire tenir tant bien que mal l'ensemble tel un château de cartes vacillant. J'ai parfaitement conscience qu'il est un peu absurde de prendre une œuvre non pas pour ce qu'elle est (et l'analyser en conséquence) mais pour ce qu'on aurait aimé qu'elle soit, mais dans Le Chant des Forêts ça me sort par les yeux (enfin par les oreilles en l’occurrence vous l'aurez compris).
C'est cependant un film pour lequel je ne peux me résoudre à mettre une mauvaise note tellement la confrontation à des choix de cadrages absolument irréprochables me questionne sur la possibilité, ne serait-ce que technique, d'aller au delà de ce qui nous est montré. Il y a quelque chose de déprimant à se dire qu'on ne fera peut-être jamais mieux en matière d'imagerie animalière, que ce soit par la perspective esthétique ou simplement par l'inévitable déclin des espèces qui pour certaines ont été filmées probablement pour la dernière fois. C'est pourquoi mes réticences purement personnelles et chichiteuses ne sont pas destinées à brûler l'enveloppe avec le message qu'elle contient.
Je me prends de fait à rêver d'un projet instrumental, un trip sensoriel façon Koyaanisqatsi ou Baraka, traitant des écosystèmes et de la faune sauvage des territoires français mais il est peut-être déjà trop tard.