L'adaptation par la Hammer du classique de Sir Arthur Conan Doyle n'est pas seulement un film policier ; c'est avant tout un exercice de style gothique qui insuffle une atmosphère d'horreur et de fantastique au célèbre mystère de Sherlock Holmes. Cette version, réalisée par le maître Terence Fisher, parvient à capturer l'esprit sombre et angoissant du roman, tout en y ajoutant la patte visuelle luxuriante et colorée qui a fait la renommée du studio britannique.
Les Points Forts : Un Casting Royal et une Ambiance Inégalée : Le principal atout du film réside dans l'interprétation des rôles principaux. Peter Cushing est un Sherlock Holmes brillant, à la fois acéré, pragmatique et légèrement cassant, comme le veut souvent le personnage. Il incarne parfaitement le détective logique confronté à une légende quasi-surnaturelle. André Morell offre un Docteur Watson plus sérieux, compétent et moins bouffon que dans certaines adaptations précédentes, ce qui renforce sa crédibilité lorsqu'il mène l'enquête seul sur la lande.
L'Atmosphère Hammer : C'est là que le film brille. C'est la première adaptation du roman en couleur, et Fisher utilise superbement la photographie vive et saturée de Jack Asher. La lande de Dartmoor est transformée en un décor cauchemardesque, brumeux et plein de secrets. Les décors du manoir Baskerville, typiques de la Hammer, sont somptueux et lugubres, remplis de contrastes d'ombre et de lumière qui renforcent l'impression d'isolement et de menace. Le film prend le temps d'installer une véritable tension gothique.
Christopher Lee, habituellement cantonné aux rôles de "méchants" pour la Hammer, excelle ici dans le rôle de la victime potentielle, Sir Henry Baskerville. Il apporte une touche de vulnérabilité et de fougue au jeune héritier, ce qui est rafraîchissant et permet de nuancer les dynamiques d'acteurs.
Pour s'adapter au style de la Hammer et tenir dans un format court (environ 87 minutes), le scénario de Peter Bryan prend des libertés notables avec l'œuvre de Conan Doyle. Certains personnages sont modifiés (le Dr Mortimer, M. Frankland), et des scènes d'action (comme l'attaque de la tarentule ou l'éboulement dans la mine) sont ajoutées, parfois au détriment de la complexité de l'intrigue policière pure. Pour les puristes, ces changements peuvent paraître superflus.
Le point le plus faible, souvent reproché, est la concrétisation du chien. L'attente et la menace sont construites avec brio tout au long du film, mais lorsque le "Molosse de l'Enfer" apparaît enfin, il a tendance à décevoir. Plutôt qu'une créature spectrale et terrifiante, on a affaire à un Grand Danois portant un masque plutôt rudimentaire. Cela brise légèrement l'illusion fantastique et la tension d'horreur pure.
Conclusion
Ce Chien des Baskerville est une excellente fusion entre le film policier britannique classique et l'horreur gothique de la Hammer. Le film vaut largement le coup d'œil pour sa direction artistique magistrale, son ambiance envoûtante et, surtout, pour la performance mémorable de Peter Cushing en Sherlock Holmes. Bien qu'il s'éloigne légèrement du roman et que son monstre final manque d'impact, il reste une adaptation stylisée, rythmée et passionnante, qui a marqué son époque et qui mérite sa place parmi les meilleures transpositions de l'œuvre de Doyle.