Ce qui est intéressant dans ce film, c’est le dispositif, à savoir une bande d’amis qui « serait »prêt à se soumettre au jeu de révéler ce qu’il y a de plus intime dans leurs vies via leur portables. Voilà ce que le spectateur, tel un voyeur, peut penser que l’huile va faire la mayonnaise. Or, le réalisateur Fred Cavayé est plus retors, car par un anodin phénomène d’éclipse durant le temps du dîner de potes,il suggère habilement que la réalité peut-être alternative, déguisée et que la lumière rassurante de la lune dévoile tôt ou tard ses recoins les plus sombres. Conjoints et conjointes se retrouveraient sur le grill et réaliseraient que la façade de leurs couples se délite , un homme célibataire cacherait son homosexualité et à la moindre notification de mobile, à la moindre sonnerie d’appel qui demanderait éclaircissement pour se justifier devant le groupe. Alors, bas les masques? C’est la question qui se pose dans le dernier tiers et où on se demande si ce huit clos a berné le spectateur ou lui a révélé des vérités inavouables. Cet entre-deux narratif est la justification du film, dont la morale est bien évidemment de tout savoir des uns et des autres, au risque de réaliser que les gens qui nous entourent ne sont pas ceux que l’on peut croire. Tour à tour enjouée, colérique et même émotionnelle ( quand le père de famille reçoit le coup de fil de sa fille adolescente), la tonalité du film est très malicieusement graduée pour qu’on ne sache plus sur quel pied danser.C’est drôlement bien joué et on ne peut rendre hommage à la brochette d’acteurs du film ( Grégory Gadebois, Stéphane de Groodt et Suzanne Clément en tête) ferraillant avec des dialogues incisifs et souvent percutants. Un bon moment de cinéma pour sûr car il malmène notre perception du réel du début jusqu’à la fin.