Assayas accouche d'une fresque riche et intense, où l'on suit un personnage de l'ombre ô combien influent, joué par un Paul Dano à l'économie de jeu qui colle parfaitement au rôle.
Les différents leviers de l'accession au pouvoir, jusqu'à la détermination belliciste de celui qu'il sert, sont décrits avec une belle science de la narration, même si la facilité de la voix off omniprésente se justifie par le motif de la confidence.
Jude Law est un Poutine ultra crédible, jamais traité de façon clichesque, ses apparitions viennent mettre en lumière le sujet plus que de souligner sa personnalité propre, ce qui sert le film admirablement.
Malgré sa durée, aucune longueur n'alourdit le métrage, le film ne perd jamais le spectateur en route, et l'emporte avec brio dans les différents actes chapitrés de ce pan d'histoire d'un pays aux époques si disparates.
Ni thriller, ni biopic, le film trouve sa place dans la trajectoire improbable de son personnage principal, qui se sait condamné et apprend à vivre sur le tard.
Cet éclairage romancé d'une époque pas si lointaine qui peut aussi faire office d'avertissement sur notre présent est une réussite dans le genre, comme quoi, il n'y a pas que Hollywood qui sait faire ce type de films, c'est plutôt rassurant.
J'ajouterai que la scène de la déclaration télévisée de Boris Eltsine est à la fois drôle et effrayante, ce qui est plutôt rare pour être souligné.