Comme c'est de la fiction on peut pas s'empêcher de penser que c'est de la propagande ricaine, surtout que le film arrête pas d'insister sur le fait que c'est le gouvernement russe qui instigue la soft propaganda dans tous les pays de l'ouest pour instaurer le doute et le chaos. Jusqu'à valider les théories du complot mobilisant la CIA, Soros et compagnie, jusqu'aux activistes comme les Pussy Riots qui seraient elles aussi téléguidées non pas par l'étranger mais par le Kremlin lui-même qui chapeaute l'opposition pour la manipuler à son avantage. Dans le film ça se matérialise par des réunions tour à tour de chaque chef de groupuscule dans le bureau du fameux "mage du Kremlin". J'entends déjà la maxi-gouache hurler au complotisme, mais bon heureusement elle verra jamais ce film. Pareil, je l'entends hurler à l'autre bout du couloir (éteint) quand l'URSS est décrite comme une nation peuplée de losers fiers de l'être et ne rêvant pas mieux, comme si c'était la condition sine qua non pour faire société. Bref y'a des trigger warnings promotion du capitalisme dans tous les sens. Et c'est même pas les soldes.
Le montage et les dialogues sentencieux donnent une impression de simplification et de romantisation de la réalité pour faire correspondre les personnalités réelles à des archétypes déjà vus ailleurs, dans d'autres films, dans d'autres rôles politiques, dans des films américains comme au hasard The Apprentice, qui lui était globalement moins tâcheron, plus fluide, plus dynamique. Notamment parce qu'il avait pas ce montage foireux en chapitres qui se terminent systématiquement en une fin abrupte et mal amenée, comme s'il fallait faire plusieurs films en 1 et que la vie du protagoniste se résumait à des séquences précises et pas à un continuum.
Après ça reste un film politique donc c'est intéressant de rapporter ce qu'on nous montre comme vrai à la réalité. Surtout que le film recrée du faux à partir du vrai en retournant des images d'archives avec les acteurs du film. Ou comment représenter l'Histoire et faire s'incarner des figures publiques tout en singeant la neutralité et la distance pour ne pas se prendre de procès. Dès l'incipit, dès le disclaimer, ça annonce la couleur pour se protéger.
Bref pas un mauvais film mais ça procède un peu trop de grosses ficelles qui se transforment presque en couleuvres, surtout quand on sait où a été produit le film. Même si c'est Assayas à la réal, tout le casting est américain et ça nous paraît le plus normal du monde (ou presque) que tout le pays de la chapka-vodka parle anglais. Faut le regarder comme une curiosité mais pas chercher à y voir de l'exactitude historique.