J’avoue que l’utilisation de cette blague vieille comme Hérode (ou mes robes, comme disait San-A) est à la limite de la décence (d’autant qu’Hérode fut roi de Judée et n’était donc pas Iranien) mais il se trouve qu’elle colle particulièrement bien au propos qui suit.

Si cette nouvelle œuvre d’Asghar Farhadi est pétrie de qualités que je me fais fort de développer dans les deux paragraphes suivants, il n’en demeure pas moins un film austère où personne, jamais, n’esquisse le moindre sourire. J’ai longtemps attendu une petite respiration, sous la forme d’une scène légère où l’on verrait les gens qui la peuplent sous un jour plus détendu.
Un seul de ces moments et ma note gagnait au moins un échelon.

Le Passé ressemble non pas à un opposé mais à un symétrique d’une séparation, film auquel j’avais si peu gouté. Un opposé eut été une comédie débridée, dont il n’est nullement question ici, je viens d’évoquer cet aspect. Mais si je considère le Passé comme l’antithèse de la séparation (une sorte de «passé»ration, donc) c’est que si le drame existe, s’il est réel et tangible, il est là pour des raisons strictement inverses au film précédent. Cette fois, toutes les motivations individuelles sont, sinon nobles, au moins compréhensibles, imprégnées de bonne volonté ou de réflexe de défense tout à fait légitimes et défendables. Il n’est aucun personnage que l’on ait envie d’occire de la plus sadique des manières au bout d’une demi-heure de métrage.

Passé composé

Il est également tout à fait surprenant qu’un film avec un tel titre soit à ce point actuel et imprégné de son époque. Les métiers, les noms, les décors, les problématiques familiales, les enjeux géographiques, tout sonne avec une justesse devenue rare, au diapason de l’écriture des dialogues et des jeux d’acteurs (si si, même Bérénice, bandes de mécréants, où même les enfants, parfaits), qui forment un ensemble en tout point captivant.

L’équilibre fragile entre peinture de la vie quotidienne et drame à (petits) rebondissement est donc préservé tout au long de ces deux heures tendue sur le fil, dont chaque scène pouvait à tout moment faire basculer son auteur dans un gouffre fatal.
Néanmoins, je ne peux m’empêcher de souhaiter qu’à l’avenir Farhadi choisisse une voie permettant plus de contrastes, d’alternances, dans l’intensité de sa trame, afin que le drame puisse y puiser une force encore plus percutante.

Créée

le 20 sept. 2013

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guyness

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