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Un film aux proportions absolues : des maisons californiennes en bord de plage qui n'ont aucune raison d'être aussi somptueuses ; deux tasses diablement grandes dans lesquelles on descend de généreuses rasades d'aquavit ; des costumes trop amples, des billets de 5 000 dollars parfaitement outranciers ; un humour loufoque à tous les coins de rue ; des personnages toujours mal placés dans le cadre, comme des enfants qui jouent à faire semblant dans un monde de hors-la-loi qui les dépasse ; assez de cigarettes pour remplir des centaines de boîtes vides de pâtée pour chat ; un harmonica miniature dans la bouche d'un solitaire cynique ; un thriller néo-noir où un seul coup de feu sera jamais tiré. Et pourtant Le Privé est un film dont toute la plasticité est conçue pour railler la faillite morale qui se cache sous le luxe de surface du Los Angeles des années 1970, avec ses objectifs sales et son recours aux plans lointains - un suiveur incompétent qui préfère espionner les filles hippies du penthouse plutôt que de faire son boulot -, ainsi qu'avec son insistance sur les miroirs et les liquides, la fluidification générale de la matérialité du film. D'abord un miroir sans tain dans la salle d'interrogatoire, souillé par la main sale de Marlowe (encore pleine d'encre noire), puis des surfaces moins opaques - la dispute de Roger et Eileen Wade cadrée depuis l'extérieur, à travers la baie vitrée sur laquelle se reflète la silhouette caricaturale de Marlowe (qui erre sans but sur la plage), presque comme un fondu enchaîné mécanique à l'écran -, jusqu'à ce que la boucle soit bouclée et qu'un corps soit plongé dans un étang où il flottera un moment. Le noir satirique d'Altman, adaptation du roman de Chandler paru en 1953, doit composer avec un héros marginal tout droit sorti des années 50 et jeté dans le monde corrompu - mais fascinant - de la cité des anges reaganienne (accessoirement, un futur gouverneur de Californie y joue un gangster complètement bodybuildé). C'est probablement pour cela que le plongeon nocturne de Roger dans le Pacifique, sa course désespérée « dans les clapotements furieux des marées », constitue l'expérience ultime de la félicité enivrante : dans un monde de drogue, d'alcool, de trahisons, de mensonges et de tout le tremblement, dans un monde où le personnage principal lui-même n'est guère plus qu'un archétype anachronique découpé puis collé dans un film qui ne cesse de lui rappeler qu'il n'a pas sa place dans sa propre histoire, que faire d'autre que fuir vers l'ouest, jusqu'aux marges de la fiction elle-même ?
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il y a 1 jour
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