Bourgogne, 1809. Pauline (Noémie Merlant) est folle amoureuse du capitaine Neuville (Jean Dujardin). Seulement, voilà que ce dernier est appelé à la guerre. Alors que Pauline, sans nouvelles de Neuville, dépérit, sa sœur Elisabeth (Mélanie Laurent) décide de prendre les choses en mains. Elle se met à écrire des lettres à la place de Neuville, le faisant passer pour un héros puis finissant par le faire mourir pour que Pauline accepte de refaire sa vie. Mais un jour, Neuville revient… Elisabeth, découvrant avec horreur qu’il a déserté et n’est en rien fidèle au modèle de courage et de droiture qu’elle avait dressé dans ses lettres, lui apprend le rôle qu’il doit tenir pour faire illusion auprès de tous. Mais Neuville compte bien gérer les choses à sa manière…
Alors qu'il y a quelques mois, Albert Dupontel nous rappelait avec son chef-d’œuvre Au revoir là-haut que le cinéma français n’était pas mort, et qu’il rimait fort bien avec cinéma historique, Laurent Tirard arrive avec Le Retour du héros pour nous en offrir une nouvelle preuve. Il serait bien évidemment idiot de comparer les deux films, car ce serait les opposer et que le film de Tirard souffrirait de la comparaison, alors même qu'ils sont tout aussi louables dans leurs intentions l'un que l'autre : proposer quelque chose de différent dans le cinéma français. Et en effet, que ce soit l’un ou l’autre, ils apportent chacun un vent de fraîcheur dans un cinéma qui n’a plus de cinéma que le nom.
Ainsi, dans Le Retour du héros, Laurent Tirard s’ingénie à croiser les codes de la comédie en costumes à la Jean-Paul Rappeneau (Les Mariés de l’an deux) et ceux du film romantique à la Jane Austen (Orgueil et préjugés). Sans égaler ses modèles, Tirard se place pourtant bien dans leur lignée, grâce à un scénario malin, cosigné avec son compère de toujours Grégoire Vigneron et des dialogues savoureux. Malgré quelques touches (heureusement rares) d’une vulgarité dont on se serait bien passé, la comédie de Tirard reste donc un bijou de légèreté, d’autant que le réalisateur, malgré tous les reproches qu’on peut lui faire, a une qualité indéniable : il sait s’entourer d’un casting exceptionnel. Il ne fait pas exception à la règle avec ce nouveau film, et le duo Jean Dujardin-Mélanie Laurent s’avère d’une efficacité de tous les instants, parvenant à rendre leurs personnages aussi détestables qu’attachants.
En outre, il convient de saluer le travail exceptionnel du compositeur méconnu Mathieu Lombaley, qui nous offre une partition digne en tous points de son modèle apparent Ennio Morricone, conférant au film toute l’ampleur dont il a besoin, accompagnant à merveille aussi bien les séquences purement humoristiques (le retour du déserteur Neuville) que les scènes épiques (la charge des Cosaques, impressionnante pour un film de ce calibre). Si la crédibilité des péripéties n’est pas le point fort de ce Retour du héros, on passe aisément outre cette absence pour goûter tout le sel de ce vaudeville historique par lequel Laurent Tirard nous rappelle qu’il est décidément un réalisateur à suivre.