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L'histoire d'Hannibal Lecter fait partie de mes plus grandes frayeurs cinéphiles.
Je passerai sur la première de toutes, celle qui reste encore présente plus de 15 ans après mais celle-ci m'a marquée pour toujours.
A 14 ans, je me mets devant ce film dont la cinéphile (pas encore très avertie) que je suis déjà a beaucoup entendu parler.
Avec le recul, je sais pourquoi j'ai ressenti une telle terreur. Je connais les raisons qui m'ont fait stopper le visionnage à plusieurs reprises pour le reprendre quelques minutes plus tard après avoir respiré un bon coup. L'atmosphère lugubre, appuyée par les couleurs maussades, favorise cette sensation de malêtre.
Cette terreur sournoise vient du mélange des genres. En passant du film policier au drame psychologique en passant par le thriller horrifique, Demme donne du corps et de l'âme à son film.
Le personnage de Lecter, celui de Bill n'ont rien d'extraordinaire en soi. Ces êtres dérangés, ces malades mentaux psychopathes peuvent exister. Ils peuvent être notre voisin, habiter notre ville... Il ne s'agit pas de la créature d'Alien ou autre personnage improbable. C'est la proximité avec la réalité qui rend cette histoire tellement traumatisante.
D'ailleurs le décallage entre la description faite à Clarice et le Lecter qu'elle rencontre renforce cet aspect. D'un personnage dément, la bave aux lèvres, plus bête qu'homme, on se retrouve face à un homme cultivé, posé et paisible malgré son incarcération. Son extrême courtoisie surprend aussi bien le spectateur que le personnage de Jodie Foster. Les psychopates ne peuplent pas que les asiles.
Ce monstre cannibale est le fruit de l'imagination de Thomas Harris romancier américain qui s'est directement insoiré de trois tueurs en série, Ted Bundy, Gary Heidnick et Ed Gein. L'auteur en crée une combinaison morbide et fascinante incarnée de manière troublante pas un Anthony Hopkins abslolumant effrayant.
Une amie m'a mis entre les mains le roman quelques temps après que j'aie vu le film. Deux ou trois ans après en fait.
La comparaison entre les deux ne fait aucunement honte au travail d'adaptation de Demme qui reçoit rien moins que les 5 principales statuettes aux Oscar de 1991.
L'aventure de cette adaptation que de nombreuses stars (Irons, Duvall, Pfeiffer, Meg Ryan) refusent de se lancer dans ce projet casse-gueule.
Acteur alors méconnu et cantonné au répertoire shakespearien, Hopkins, crée une tension de son immobilité. Son regard froid et distant épargne une agitation inutile.

Le héros est une femme. Comme dans Alien, l'homme héros de l'histoire est interprété par une femme. En évoluant dans un monde d'hommes, Clarice doit se battre pour se faire accepter, respecter. Elle porte sur son corps un regard distant et rejette celui des hommes qui l'entourent en mettant en valeur ses qualités humaines et professionnelles, refusant les jeux de séduction qui lui seraient imposés. Que ce soit les remarques de Chilton ou Crawford, elle garde le sexe tabou. LA particularité de la relation entre Clarice et Hannibal prend tout son sens quand on fait lien avec celles que la jeune femme entretient avec les autres hommes de sa vie. Que ce soit le défunt père, celui de substitution qui n'hésite pas à la jeter dans la gueule du loup et à l'utiliser, celui qui la traite comme une proie facile et se montre grossier, Lecter se démarque. Son tact, la coéxistence de la finesse et du danger ne caractérise aucun des autres personnages. La relation entre eux est le centre du métrage, pas la traque du buffalo bill qui n'est finalement que secondaire. Il l'aide, s'adresse à la femme en elle, et en la confrontant à ses peurs et à ses contradictions, il lui permet de s'affranchir et de se libérer. La fascination qu'il suscite en elle de par sa supériorité intellectuelle, son charisme va créer l'ambiguité faite de respect et de désir réciproques.

C'est bien dans cette ambiguité entre eux que réside le manque d'intérêt de la suite de cet opus.
On sent qu'il s'agit pour l'auteur d'un roman de commande, qu'il surfe sur le succès de cet alchimie mais n'arrive pas à renouveller le miracle. L'adaptation de Scott ne peut donc être réussie puisque Lecter une fois libre, la relation avec Clarice n'est plus la même.

Rawi
8
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Rawi
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