Ours d’argent à Berlin en 2025, Le temps des moissons est le quatrième film de Huo Meng mais, à ma connaissance, le seul sorti en France.
Le personnage principal du film est un jeune garçon d’une dizaine d'années, Xu Chuang (Wang Shang) qui habite chez ses grands-parents dans un village du Nord de la Chine. Autour de lui gravite toute la famille proche et éloignée, ses parents qui travaillent en ville, sa cousine qui s’occupe de lui, ses oncles, ses tantes et ses camarades d’école. L’action se déroule en 1991 et couvre une année rythmée par le travail des champs et les rites de la vie, les mariages et les enterrements principalement.
Le réalisateur et le directeur photo (Guo Daming) favorisent une approche naturaliste avec une très belle photographie qui met en avant les paysages mais un refus de glorification ou, au contraire, de misérabilisme par rapport à la vie à la campagne. Le film a un côté autobiographique qui lui confère une approche un peu nostalgique, mais son grand intérêt est la date à laquelle il se déroule. La décennie des années 90 est une décennie de bouleversements économiques et sociaux pour la Chine. La libéralisation économique ouvre de nouvelles opportunités d’emploi et entame une désertion des campagnes pour les ateliers textiles, ce sujet est présent en filigrane tout au long du film à travers les discussions autour du départ de certains villageois vers Shenzhen.
Le film s’intéresse aussi à l’intrusion des directives du parti dans la vie quotidienne des habitants, notamment la politique de l’enfant unique. Si Xu Chuang vit chez ses grands-parents c’est parce qu’il est le deuxième enfant de ses parents, sa cousine se rend aux examens gynécologiques obligatoires à la place de leur tante pour cacher la grossesse de cette dernière. Les directives du parti régissent jusqu’aux rites de vie, en obligeant une crémation plutôt qu’un enterrement, ainsi le film s’ouvre et se clos sur deux enterrement bien différents. Ces directives ne sont jamais critiquées, le film se concentre plutôt sur la façon dont elles changent la vie des habitants, soit en les contournant, soit en les acceptant.
Un petit bémol cependant, le film est dans sa forme assez attendu et convenu. Le cycle de la vie et de la mort comparé au cycle des saisons, le passage à l’âge adulte et la perte de l’innocence sont des thèmes assez rabâchés et le film, même avec sa structure en vignette de tranche de vie, n’apporte rien de nouveau sur le sujet. Il y a, de manière très brève, une ouverture vers le fantastique qui aurait pu apporter beaucoup au film si elle avait été plus creusée.
Le temps des moissons est un film intéressant pour ce qu’il dit en creux plus que pour sa narration principale, et on peut y voir un chaînon manquant entre les approches documentaires et directes (et tournées sans autorisation) d’un Wang Bing et les critiques indirectes déguisées en film d’époques des cinéastes des années 90.