L’Élue
4.9
L’Élue

Film de Oz Perkins (2025)

Osgood Perkins est un homme pressé. Trois films en seulement deux ans, le bougre ne chôme pas. Il est même en préparation de son prochain film, The young people, avec Nicole Kidman. Tourné en seulement trois semaines à partir d’une histoire imaginée par Nick Lepard, scénariste du Dangerous animals sorti cet été, L’élue voit le week-end romantique et bucolique d’un couple de la ville, Liz et Malcolm, se transformer en éprouvant cauchemar. En particulier pour Liz, victime d’étranges visions et hallucinations, et qui ne sait plus comment réagir face à une menace invisible, mais de plus en plus prégnante.

Que s’est-il donc passé dans cette forêt entourant le chalet où Liz et Malcolm passent leur week-end ? Que sont ces «présences» qui hantent le chalet ? Et quel danger semble peser sur Liz ? Quelque part entre Men (beaucoup) et The witch (un peu), L’élue joue à fond la carte d’une terreur diffuse ancrée en plein dans son époque et les archétypes du film d’horreur (maison hantée, forêt ténébreuse, entités surnaturelles…). Masculinité toxique, héritage patriarcal, questionnement amoureux et perpétuation du Mal (et du mâle), L’élue coche toutes les thématiques sociétales actuelles traitées par le prisme de l’angoisse domestique et d’une mémoire perpétuée, à travers les siècles, autour de femmes victimes de la violence des hommes.

Perkins fait du récit de Lepard une quête de sens en huis clos au cours de laquelle Liz (qui, par la volonté d’un scénario trop verrouillé, n’a jamais vraiment la main sur les événements et leur compréhension, du moins un début de compréhension) subit plus qu’elle ne participe à l’action, en faisant, conséquemment, un personnage vidé de substance auquel on s’attachera peu (et malgré tout le talent de Tatiana Maslany). Et puis le vrai problème du film, c’est qu’au bout d’à peine une demi-heure, ne rien filmer d’autre, à coup d’incessants zooms, que des arbres ou qu’une maison vide (en apparence), ne suffit plus pour créer (et nourrir) une ambiance inquiétante.

Certes, Perkins est habile parfois à infuser du bizarre là où il n’y en a pas, par exemple dans un recoin de décor ou au détour d’un plan totalement anodin, mais on finit par trouver le temps long quand le énième plan de plafond du chalet ou d’un ruisseau dans la forêt vient nous rappeler que, oui, le danger rôde (on avait bien compris). Et le scénario de s’étirer ainsi, paresseux, faisant du surplace, et jusqu’à ce dernier quart d’heure en mode what the fuck (qu’on appréciera ou pas, en fonction de son humeur et de ses dispositions) que Perkins laisse plus ou moins libre d’interprétation. Après une année riche en bons (ou un peu moins bons) films d’horreur / d’épouvante (Évanouis, Substitution, Together, Sinners, Good boy, Companion…), L’élue vient clore 2025 avec un sentiment de déception et de frustration, mais surtout rappeler que Perkins est d’abord un petit malin profitant d’une hype un brin surfaite avant d’être un véritable maître es terreur.

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mymp
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le 15 déc. 2025

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