Les Amoureux
6.3
Les Amoureux

Film de Mai Zetterling (1964)

Les Amoureux de Mai Zetterling s’ouvre sur l’histoire de trois femmes sur le point d'accoucher issues de milieux différents, dont les destins se croisent à nouveau à la maternité. Agda, servante exploitée par la famille bourgeoise qui l’emploie, enceinte du fils de la maison et que l’on pousse à épouser un autre pour préserver l’honneur. Angela, jeune femme en proie à un refoulement de son homosexualité, qui reporte son trouble sur l’ancien amant de sa mère adoptive. Et Adele, mariée après avoir connu son premier amour, prisonnière du poids des conventions et de la culpabilité. À travers elles, Zetterling brosse le portrait d’une société étouffante où la maternité, loin d’être une bénédiction, révèle les injustices et les contraintes imposées aux femmes.


Sous une apparente proximité formelle avec Bergman, Zetterling invente un regard radicalement féminin, un cinéma où les femmes ne sont plus seulement regardées, mais deviennent elles-mêmes le centre du regard. L’audace du film demeure stupéfiante pour 1964, Zetterling filme sans tabou ni moralisme l’homosexualité, la nudité, la fausse couche, un véritable accouchement, et une scène brutale où Agda échappe de justesse à un viol commis par un pédophile. Ces images, loin du scandale, témoignent d’un cinéma viscéral et lucide, qui refuse le mensonge du décorum bourgeois. La mise en scène insiste sur les corps pour rendre visibles les émotions et les conflits intérieurs, faire de l’expérience des femmes un véritable sujet de cinéma, là où elle était souvent passée sous silence.


Les Amoureux ne propose pas de sortie de secours, et c’est aussi ce qui le rend si moderne. À la fin, aucune de ces femmes n’est vraiment “sauvée” : elles restent prises dans les mêmes rapports de force, mais quelque chose en elles s’est éveillé, qui ne se laisse plus dompter. Zetterling filme ce léger déplacement comme une fissure dans le décor bien rangé de la bourgeoisie. Au bout du film, il ne reste ni espoir facile ni symbole rassurant : seulement des femmes qui continuent, cabossées, mais lucides sur le prix à payer pour vivre un peu à leur manière. Par la justesse de son regard et la force de ses images, le film atteint une puissance rare, à la fois frontale et profondément bouleversante.

iniman
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 2 nov. 2025

Critique lue 28 fois

iniman

Écrit par

Critique lue 28 fois

5

D'autres avis sur Les Amoureux

Les Amoureux

Les Amoureux

8

Iloonoyeil

1289 critiques

Regards ironiques

Mai Zetterling est une réalisatrice suédoise du vingtième siècle.Ce long métrage regorge de plans séquences, de travellings, de plongées zénithales, de contre plongées et de cadrages ,...

le 12 avr. 2025

Les Amoureux

Les Amoureux

5

ChatonMarmot

378 critiques

Critique de Les Amoureux par ChatonMarmot

Je n'ai pas encore regardé ce film, mais je suis tombé sur un passage des écrits de Zetterling. La note 5 est donc par défaut.On dispose rarement des intentions explicites d'une artiste. Je ne...

le 24 sept. 2025

Les Amoureux

Les Amoureux

7

Boubakar

6759 critiques

Destin contrariés

Au début du XXe siècle, alors qu'elle sont sur le point d'accoucher, trois jeunes femmes suédoises de conditions différentes se remémorent leur existence et ce qui les a menées à la maternité.Je ne...

le 2 déc. 2025

Du même critique

Les Amoureux

Les Amoureux

9

iniman

16 critiques

La vie d’Adele, Angela et Agda

Les Amoureux de Mai Zetterling s’ouvre sur l’histoire de trois femmes sur le point d'accoucher issues de milieux différents, dont les destins se croisent à nouveau à la maternité. Agda, servante...

le 2 nov. 2025

35 Rhums

35 Rhums

9

iniman

16 critiques

Nightshift

Dans 35 Rhums, Claire Denis filme les gestes ordinaires d’un père et sa fille avec beaucoup de douceur : préparer le riz, rentrer du travail, rester silencieux à la même table... Le film nous montre...

le 10 mai 2025

Drive My Car

Drive My Car

10

iniman

16 critiques

Voyage à Hokkaido

Depuis Senses et Asako, Ryūsuke Hamaguchi s’est imposé comme l’un des cinéastes japonais les plus importants du moment. Avec Drive My Car, il donne à ses obsessions une ampleur nouvelle, et signe un...

le 19 févr. 2025