Il est original qu’une suite se présente sous la forme d’une succession de « premières fois », expression répétée à de nombreuses reprises durant l’heure et demie, conférant à certaines blagues une charge érotique certaine – double sens que comprendra qui voudra –, à la relation entre les personnages une étrangeté appréciable – l’amour toxique entre un serpent et un corbeau, le premier gobant la bouche de l’autre en guise de rituel intime, le second attentant à sa vie par des retournements de situation – synonyme d’authenticité.
Toujours écartelés entre le bien et le mal, ces Bad Guys font évoluer le débat sur leur caractérisation en devenant malgré eux les victimes d’un système médiatique aussi versatile que massif : les effets de groupe peuvent aller de la rage furieuse aux apitoiements mouillés de larmes, sans aucun sens de la modération, miroir tendu à notre contemporanéité. Devenus des parias au même titre que le professeur Marmelade reconverti en Hannibal Lecteur, ils tentent de restaurer une image publique mais sont victimes d’une technologie que l’on détourne facilement ; cette attention portée à la marginalité nourrit un décalage comique fonctionnel où s’opposent l’ancien monde de l’illégalité et le nouveau de la légalité qui ne cesse de rejeter les personnages : les voitures de sport dérobées sont remplacées, après une introduction virevoltante, par un vieux tacot au moteur essoufflé, le repaire luxueux cède sa place à l’appartement dépourvu de mobilier… Le film va jusqu’à faire disparaître ses protagonistes avant d’organiser leur renaissance secrète, se conçoit comme un récit non pas d’apprentissage mais de camouflage dans lequel, paradoxalement, l’exposition à la duplicité révèle leur véritable nature et les sentiments associés. Ce postulat se traduit par des ruptures de ton de façon à surprendre son spectateur ; il bénéficie en outre d’une animation somptueuse qui consacre chacune de ses séquences d’action. Une réussite.