Il est presque difficile de concevoir qu’un tel film ait pu être produit par une major (la Warner) au début des années 70 (même s’il serait peut-être encore plus difficile voire impossible à financer aujourd'hui) avec son traitement sulfureux de la religion et son approche crue dans la représentation de la violence et du sexe.


Au-delà du souffre, ce qui est peut-être le plus intéressant tient dans cette vision fantasmée d'une France du XVIIème siècle post-guerre de religion. Malgré les faits réels sur lesquels l'intrigue s'appuie nous sommes dans une sorte d'univers alternatif, mi-farce/mi-fantastique (tendance horrifique), avec sa direction artistique quasi expressionniste et ses personnages volontairement grotesques (Louis XIII et Richelieu, les nones possédées...). Ces choix font ressortir tout ce que cette époque pouvait avoir de décadente (les jeux de pouvoirs, la torture, la bien-pensance religieuse...) et de "sale" (quelques plans gratinés liés aux maladies et autres putréfactions).


Si, à la découverte, quelques petites longueurs peuvent être ressenties lors de la première moitié (enjeux troubles avec le personnage de l'abbé Grandier que l'on imagine à tort comme un antagoniste), le reste est un enchainement de morceaux de "bravoure" particulièrement dérangeants et inconfortables qui mèneront vers l’inéluctable

la torture puis mort de Grandier via le bucher.

En petit bémol, certaines outrances peuvent sembler excessives donnant l'impression d'être là avant tout pour choquer le spectateur sans se soucier de leurs réelles justifications au sein de l'intrigue (en particulier la scène impressionnante mais relativement complaisante des nones avec la statue du Christ; passage censuré à sa sortie).


Difficile enfin de ne pas mentionner la performance puissante d'Oliver Reed et celle courageuse de Vanessa Redgrave

(le passage fantasmé avec Grandier en mode Jésus Christ; la scène censurée finale du tibia!)

Malgré quelques héritiers auxquels on peut penser pendant le visionnage (le Verhoeven de la "Chair et le sang" ou le Lanthimos de "La Favorite" pour leurs déconstructions du film d'époque; Zulawski pour l'hystérie), "Les diables" demeure un objet unique parfois déroutant et éreintant mais tout de même sacrément marquant et stimulant. A décanter et certainement à revoir dans un proche futur.


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le 25 mars 2025

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