Ces dernières années, l’Australie a été un véritable vivier de talents émergeants dans le cinéma d’horreur, on l’a vu avec les succès de Sean Byrne (THE LOVED ONES, THE DEVIL’S CANDY, DANGEROUS ANIMALS), ou encore avec les frères Philippou (LA MAIN, SUBSTITUTION).
Cette fois-ci, c’est un réalisateur issu du court-métrage qui se lance dans son premier format long, après l'avoir égréné dans les festivals. Et s’il a reçu un accueil plutôt chaleureux de la critique, en ce qui concerne le public, c’est plus mitigé, avec des avis négatifs qui flirtent dangereusement avec les propos homophobes, et qui semblent faire ressortir ce que le film dénonce.
Car LEVITICUS est un drame horrifique contant une histoire d’amour contrariée entre deux jeunes hommes post-ado, qui vont être touchés par une "malédiction" connue de la communauté religieuse pieuse à laquelle leur entourage appartient.
Une mystérieuse entité prend en effet l’apparence de la personne qu’ils aiment, lorsqu’ils éprouvent du désir l'un pour l'autre.
Un film d’elevated horror donc, qui pompe grandement son concept à IT FOLLOWS, pour le transposer au mœurs hermétiques de la bien-pensance catholique. Comprenez, l’homosexualité est une malédiction qui se soigne par un exorcisme. Ou pas.
Et là est toute la complexité du film à exister et à se faire un nom, ses détracteurs le catégorisant de sous-IT FOLLOWS LGBTQ+. À juste titre je le déplore, mais LEVITICUS est neanmoins bien plus qu'une simple copie. Porté par un duo d'acteur qui endossent à eux deux seuls toute la tension et la dramaturgie du film, il a le mérite de proposer une trame narrative qui sait brouiller les pistes et instaurer le doute, aussi bien chez le spectateur que chez les protagonistes.
En parlant des personnages, on retrouve un visage connu du cinéma australien, en la personne de Joe Bird, qu'on avait vu dans LA MAIN, qui campe encore une fois ici le rôle principal avec brio, hollywood n'est plus très loin.
Pour le contenu, LEVITICUS mise plus sur son atmosphère pesante que sur le spectaculaire.
Une ambiance lourde et anxiogène ressort naturellement, par des scènes de course-poursuite et/ou d'affrontement où la mise en scène sait jouer avec nos nerfs, sans pour autant basculer dans le jumpscare facile. Les hors-champs sont plutôt habiles pour amener une tension, appuyée par une émotivité à fleur de peau des protagonistes, en plus des non-dits des personnes de leur communauté.
Mais au delà du film fantastique, il y a un drame humain. Celui d'une idylle, brève mais intense, dans une communauté qui n'accepte pas de tels mœurs. Et le film va sans cesse s'aider du contexte horrifique, pour jouer sur l'amour impossible mais réel, entre deux personnages qui ne partagent pas la même vision sur la façon de faire fonctionner leur relation. Plus ils sont proches, plus la menace est présente, l'un désirant donc affronter cette menace unis, à deux, l'autre pensant qu'il est préférable de s'éloigner le plus possible l'un de l'autre. Une belle métaphore de l'amour impossible.
En conclusion, pour son premier film, le réalisateur australien Adrian Chiarella, propose une elevated horror au concept déjà vu, décidément cette comparaison avec IT FOLLOWS lui collera toujours à la peau.
Même si dans le contenu fantastique on pourra déplorer un manque de consistance malgré de belles tentatives et un suspens au rendez-vous, l'intensité est plus présente dans la partie dramatique du film, là où la camera aime faire durer les moments intimes interdits, je pense entre autre à la scène du bus.
On peut quand même parler de réussite, on accroche à cette histoire qui brise les tabous et s'amuse à distordre les codes du film de possession.
Ma note : 6/10
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