Sous ses airs de néo-noir dépressif Light Sleeper déroule une réflexion touchante sur l'insaisissable inconnue qui fout systématiquement la pagaille dans l'infernale équation de nos vies. Peu importe que vous soyez du genre prévoyant, laxiste, bonne pâte, vil pêcheur ou plus réservé, le sort saura se jouer de vous comme de John LaTour, incarné par un Willem Dafoe précis, ex-junkie/dealer bien décidé à rester sur les rails pour recoller avec son amour de toujours que l'addiction a éloigné de lui.

Performance au cordeau pour l'acteur, marquant aussi bien par son physique ascétique, dont les muscles secs et saillants semblent converser alors même que leur porteur ne communique plus, que par l'apathie touchante avec laquelle il ne rend jamais les coups qu'il prend, jusqu'à un point de non retour attendu qui laisse toutefois pensif alors que le générique déroule.

Light Sleeper est une bobine aussi nonchalante que son protagoniste, qui monte tranquillement dans les tours sans que l'on s'en aperçoive et laisse ses personnages faire leur travail, à savoir celui de construire une tranche de vie dépressive qui sait toutefois cultiver l'espoir quand bien même il semble désespérément absent du cadre.

Par des jeux de caméra intelligents associés à une science de l'épure qui sied au film, Paul Schrader construit des interactions qui ne manquent jamais d'intérêt, à l'image de la relation en constante mutation qui lie LaTour à sa patronne (Susan Sarandon pétillante, en plein défilé de mode, totalement déphasée avec la direction artistique plus triste qui caractérise le film).

De même qu'en quelques séquences — la première étant une première réunion dans un taxi, et leur apothéose une passion furtive dans une chambre d'hôtel qui offre aux deux âmes perdues un moment hors du temps —, Paul Schrader en dit beaucoup, presque tout même, de la relation qui lie John LaTour à Marianne, son ex-femme, muse insaisissable sur laquelle le sort, toujours lui, s'acharne.

Quant à la fin, je ne sais pas trop quoi en penser, sinon qu'elle a le mérite de ne pas marteler à nouveau un message qui a fait son chemin. Light Sleeper est un petit film un peu déroutant, qui ne provoque ni écarquillement d'yeux, ni émotion démesurée. Et pourtant, il semble juste, mesuré et surtout taillé pour laisser s'exprimer tout le potentiel de Willem Dafoe.

Pour ma part, j'ai apprécié la contemplation.

oso
8
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le 21 sept. 2022

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oso

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7

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