Dans la salle nous étions deux, j'ai fini le film seul. A la décharge de l'autre spectateur, ce film est une épreuve d'endurance.
J'aime bien la lenteur. Que ce soit au cinéma ou ailleurs, en musique ou littérature, j'aime bien quand on prend son temps. Cela permet parfois de mieux apprécier la beauté, de magnifier les émotions.
Mais là, c'est lent. Vraiment lent.
C'est vrai que les plans sont superbes. Des compositions qui font comprendre que le réalisateur ait voulu leur donner le temps d'exister.
Pour récompenser le spectateur patient, disons que le personnage de Magellan est réussi. Ce n'est pas un film à sa gloire, c'est entendu. Ce n'est pas non plus un portrait à charge. Il est certes volontiers tyrannique, et obsédé par son rêve, mais quand il sourit, on retrouve quelque chose de l'excitation de l'enfant devant le merveilleux.
Mais ce Magellan, c'est aussi le point de vue des autochtones. Et là, forcément, les événements n'ont pas la même portée.
Ces occidentaux qui sont d'abord accueillis à bras ouverts, qui apportent des merveilles, apportent aussi une violence inédite. Non que la violence soit inconnue sous ces cieux. Mais elle n'est sans doute pas aussi systématique. On voit bien qui sont les barbares.
Mais des barbares bien intentionnés.
Dans les plus belles scènes du film, Magellan offre à un couple un bocal de pilules contre le scorbut et une statuette de l'enfant Jésus, pour guérir un enfant malade. Il est lui-même ému jusqu'aux larmes.
Quand la guérison survient, pour ce peuple empreint de mysticisme, il est évident que les petites pilules ne peuvent y être pour grand chose, c'est donc qu'il faut en remercier l'enfant Jésus.
Suit une conversion, et une très belle scène de procession où se mélangent les indigènes et les portugais.
Mais cela débouche sur un bûcher élevé pour les idoles païennes : si les portugais pouvaient les tolérer chez des peuplades ignorantes, pour des chrétiens cela devient de l'hérétisme.
C'est ainsi que l'enfer, dit-on, est peuplé de bonnes intentions.
Mais cela offre surtout un formidable tableau de ces premières relations. De ce qui ne pouvait pas marcher. De l'incompréhension mutuelle. Comment discuter, même par le truchement d'un interprète, quand deux visions du monde diffèrent à ce point?
Magellan s'avère donc un beau film, mais un film qui se mérite. Celui qui voulait y trouver des aventures maritimes risque fort d'être déçu. Ces navires fantômes où le silence règne et où personne ne manoeuvre ne donnent pas du tout l'impression de naviguer. En revanche, celui qui s'immergera dans la beauté de ces plans y trouvera un plaisir certain. Le voir au cinéma est fortement recommandé. Ne serait-ce que parce qu'il y a trop de facilité, chez soi, à décrocher.
Comme cette traversée du globe, Magellan s'avère une aventure.