Commençons par dire qu'on tentera de juger le film tel qu'il est, et non tel qu'il aurait pu être. Le film est tellement amputé qu'on pourrait craindre qu'il soit décousu. Ce qu'il n'est pas. Sauf le final.
Commençons par la fin, donc : le moment où tous les éléments du scénario se résolvent est brouillon, bien trop rapide, peu convainquant. Gageons que la majeure partie des scènes manquantes vient de cette fin.
Sinon, c'était pas mal. Charlton Heston joue un personnage dur, minéral, un anti-héros va-t-en guerrre à la Custer, un placardisé qui ne rêve que d'une chose, d'aller au combat. Et comme la guerre de sécession se finit tranquillou, c'est du côté des indiens qu'il va se tourner, ces bons vieux indiens toujours là quand on cherche un bon conflit. Et notre major va trouver à qui parler, en la personne de Charriba, un chef indien dangereux et cruel qui a enlevé trois enfants blancs.
Le problème qui va se poser à notre peu sympathique major Dundee, c'est qu'il est, pour le moment, gardien de prison. Lever un régiment, c'est pas trop dans ses possibilités actuelles. Alors il va faire avec ce qu'il a. Et ce qu'il a, ce sont des condamnés de droit commun, mais surtout des prisonniers confédérés et des soldats unionistes noirs. Il cherche les emmerdes, Dundee.
Sans surprise, l'expédition devient un concours de couilles. Mais tant que ça reste entre mecs, ça va. On peut encore s'entendre. Même entre confédérés et noirs. Mais dès qu'une femme pointe le bout de son nez, les mâles s'affolent. Rien ne va plus.
D'autant que, n'étant pas à une emmerde près, notre major entend poursuivre les indiens jusqu'au bout. Même en territoire mexicain. Mais ça va, on cache notre drapeau, alors c'est pas une invasion, n'est-ce pas? De toute façon, ce sont de bons vieux français qui occupent le Mexique, alors une invasion de plus, une de moins... Bon, on a gardé notre uniforme, quand même, parce que l'uniforme, ça se respecte, nom de nom! Tant qu'on ne reconnaît pas le drapeau, on est incognito quand même, ça va.
En fait, ça a l'air un peu idiot comme ça, mais Peckinpah a du talent, il arrive à emballer tout ça dans un joli paquet cadeau. Major Dundee a une atmosphère à mi chemin entre le western classique et le néo western. C'est un premier jalon vers La horde sauvage. On en retrouve la violence, les personnages durs et conscients que leur existence ne vaut pas grand chose, que l'avenir pourrait bien ne pas être, des personnages dont la morale n'est pas la considération première. Pas la deuxième, non plus. Même l'honneur, quand un personnage en fait preuve, paraît suranné, dépassé. Les haines nées de la guerre de sécession emportent tout : jusqu'au patriotisme qui n'a plus de sens.
Avec une résolution qui prend plus son temps pour dénouer les fils de son intrigue, Major Dundee aurait certainement été un grand film.
Mais encore une fois, jugeons le matériau final sur pièce.
Le reste, c'est de l'ordre du fantasme.