Les films A24 ont cette réputation de dépoussiérer les genres, de les mélanger pour créer une palette de couleurs fraîches et nuancées. Cette liberté nous permet de découvrir des œuvres différentes de celles auxquelles nous sommes habitués, qui émerveillent aussi bien qu’elles peuvent diviser.
Je ne sais pas si, à l’image de la direction artistique du studio, Celine Song avait pour objectif de renouveler le genre de la romance comme elle avait pu le faire avec son précédent film Past Lives.
En un sens, elle y parvient en proposant une direction d’acteurs juste dans sa sobriété, une très belle photographie qui souligne le message du film avec un jeu sur les formes et les ambiances : entre carré et froid pour le côté calculateur du personnage et de son monde, et plus bruyant, rond et chaud lorsque le doute et les émotions prennent le dessus.
Comme son titre l’indique, Materialists vient poser la question de la puissance de l’amour face à l’argent, mais aussi face aux cases imaginaires qui brident souvent nos sentiments quand un personne n’en coche pas assez.
Cela donne lieu à des scènes rhétoriques où Lucy, la protagoniste, philosophe sur l’amour et sa faculté à déterminer si des personnes sont faites l’un pour l’autre en fonction de leurs tailles, milieux sociaux, salaires, couleurs de peaux, etc. Ces critères et la crudité avec laquelle Lucy les expose mettent brillamment en évidence les travers d’une société de plus en plus superficielle.
Pour autant, le film peine à délivrer son message naturellement. Les doutes du personnage principal sont redondants, répétant les scènes d’amour impossible avec John, son amant fauché. À cela s’ajoute le martèlement du système de pensée de Lucy, calculatrice et matérialiste assumée. Même si de très bonnes scènes découlent de ce thème, d’autres viennent un peu trop forcer le trait, au risque de rendre l’héroïne parfois caricaturale ou invraisemblable.
En somme, Materialists propose un traitement légèrement différent des schémas classiques de la comédie romantique, mais la finalité reste la même. La réalisation est solide, l’histoire l’est aussi ; elle approfondit des thèmes moraux et sociétaux intéressants mais parfois un peu redondants.