• « Miss » est une belle ode à la tolérance où tous les rêves sont permis. Alex, depuis l’âge de ses 9 ans, a en tête cet objectif : devenir Miss France. Cette quête loufoque le conduira dans les méandres d’un système normé et stéréotypé auquel elle se confrontera avec beaucoup de heurts et d’émotion.
  • Le regard à travers cette quête pleine de rêves de d’espoir est le point central de ce long-métrage où chaque plan est à hauteur de nos yeux. Nous avons cette réelle impression d’être dans les backstage de ce concours plus vrai que nature. Nous suivons le parcours d’Alex rebaptisée Alexandra : il parviendra à briser l’ensemble de ces codes ultra formatés avec un discours féministe, poignant et engagé en prenant la défense de son ami lors de son speech en public émouvant le public et le jury éclipsant ainsi ses concurrentes pour être élu Miss Ile de France dans un premier temps. Via ce regard, nous sommes dans une position de public de télé-réalité scrutant les moindres faits et gestes de notre candidat préféré en espérant le voir décrocher le titre suprême de Miss France et en le suivant sur les réseaux sociaux (intagram), etc… Cette posture nous incite obligatoirement à nous prendre de sympathie pour le personnage principal. Nous devenons ainsi acteur de la vie d’Alex puisque nous pouvons contribuer à sa victoire en espérant le voir finaliste de ce show télévisé. Les deux positions se télescopent intelligemment sans avoir cet effet brouillon du film ou en allant nous chercher coûte que coûte.
  • Cette différence la rendra atypique auprès du public et du jury. Ce film nous montre une vision de la femme plurielle : tantôt androgyne, tantôt masculine ou féminine. Cet aspect est inédit au sein du cinéma français. Habituellement au cinéma, les personnalités homosexuelles ou travesties sont dépeintes de manière caricaturale et stupides dans des comédies. Justement dans « Miss », cette thématique est complètement renversée en soulignant la force de caractère et le franc-parler d’Alex certainement dû à son environnement personnel avec un entourage haut en couleur. Grâce à cette seconde famille de cœur (nous apprenons qu’Alex a perdu ses parents très tôt et n’est jamais retourné sur leur tombe), il abattra des montagnes afin d’accéder à son rêve le plus cher. Il appliquera à la lettre les conseils d’Amanda (Pascale Arbillot) en détournant les codes en sa faveur, notamment lors du portrait de sa famille ne passant pas inaperçu et totalement à l’inverse de ce qui est attendu du public malgré un discours bien rôdé et adapté pour la télévision.
  • Tout le casting est très bien mis en valeur y compris les rôles secondaires. Alexandre Wetter est à la fois émouvant et drôle : il tient le film de bout en bout. Nous avons même parfois peur pour lui quand il décide à plusieurs reprises l’intention d’abandonner sa participation à ce concours. Pascale Arbillot nous étonne et change complètement de registre en directrice d’émission rude en ayant ce côté humaniste malgré tout. Elle est la première à croire au potentiel d’Alexandra. Isabelle Nanty nous enchante à chaque apparition. Thibault de Montalembert nous prouve qu’il n’est pas seulement l’agent de stars de la série 10 pour cent : il a une palette beaucoup plus variée utilisée à merveille dans ce film. L’évolution de Stefi Celma est peut-être celle qui est la plus intéressante en raison de son changement de position elle qui détestait Alexandra va switcher d’avis en sa faveur par la suite.
  • Le schéma narratif reste traditionnel mais a ce petit peps supplémentaire nous expliquant avec intelligence à accepter la différence et à ne pas rester dans l’indifférence ou dans les préjugés. Il a l’avantage de nous donner réellement le smile mais, également, à nous faire réfléchir à la fin de la séance. Le cinéma français a encore beaucoup de beaux jours devant lui, de belles valeurs à nous transmettre et n’est pas prêt à nous donner son dernier mot. Le point de vue du regard développé précédemment au sein de l’article a son importance et est le point fort original du long-métrage de Ruben Alves.
  • Le pari est gagné car nous nous attachons immédiatement au personnage d’Alex, à la fois courageux, ambitieux, battant et assumant la personne qu’il est, à savoir un homme jouant avec les codes de la féminité et de la télévision. La conclusion du film nous brandit ce message suivant estampillé de manière forte sans être dans l’agressivité par Isabelle Nanty, à savoir de ne jamais laisser une personne déterminer sa valeur. Certes, la fin est d’une banalité absolue mais nous nous laissons prendre dans ce temple télévisuel faisant tomber le masque de l’asservissement sexualisé de la femme via la participation d’Alex à ce concours connu de tous les français et faisant parti du patrimoine et paysage audiovisuel français.
Lili-Jae
8
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le 27 oct. 2023

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