"Obsession" s’impose comme une "jolie" (je mets les guillemets vu ce qui se déroule à l'écran) surprise. Pour un premier film (Curry Baker ayant été remarqué via un moyen métrage YouTube que je vais m'empresser de découvrir) on sent déjà une belle maitrise malgré son maque de moyens que le metteur en scène assume complètement et qu'il transforme en force : peu de décors, peu de personnages et un pitch simple mais efficace.
Plutôt que de chercher le spectaculaire, Baker transforme le quotidien en terrain d’angoisse progressive et propose une autopsie acide de la relation amoureuse, montrant comment l’attachement peut lentement glisser vers la toxicité, l’emprise et l’aliénation. Le fantastique reste longtemps en retrait, ce qui surprend d’autant plus pour une production Blumhouse. Le film avance ainsi masqué durant une large partie de son récit avec très peu d’éléments ouvertement horrifiques, privilégiant l’étrangeté à la peur.
Le choix d’un casting quasi inconnu renforce cette impression de réalisme. Inde Navarrette et Michael Johnston affichent une belle complémentarité. Le travail corporel de l'actrice, une vraie révélation qu'on espère revoir, se révèle particulièrement marquant : sa gestuelle, ses postures parfois légèrement décalées et l’évolution de ses expressions participent pleinement au sentiment d’étrangeté et de malaise. Le jeu passe moins par les dialogues que par une présence physique troublante, comme si le corps lui-même devenait le vecteur de cette obsession.
Ce qui frappe surtout, ce sont les nombreuses scènes volontairement glauques
(le sandwich chat),
dérangeantes,
(le travelling vertical révélant une héroïne, tout sourire, en train se s'uriner dessus)
tendues
(la scène de la chaise et du baiser)
et parfois grotesques
(ces dollars tombant du ciel).
Baker installe un humour noir
(cette porte scotchée)
autorisant le spectateur à quelques respirations bienvenue.
L’horreur demeure finalement légère
(une seule scène réellement choc dont on aurait peut-être pu se passer: ce meurtre dans la voiture à la "Irréversible"),
presque secondaire face au malaise psychologique.
La mise en scène témoigne d’une réelle maîtrise visuelle. Le choix du format 1.33, devenu presque une norme dans le cinéma indépendant contemporain, est ici exploité avec intelligence : gestion précise de l’espace et du hors champ, importance accordée aux zones d’ombre et composition des cadres créant une sensation d’enfermement. Le montage laisse les situations s’étirer jusqu’à l’inconfort, permettant au malaise de s’installer durablement plutôt que de chercher l’effet choc.
Le réalisateur excelle ainsi à faire basculer une scène banale vers quelque chose de profondément absurde ou perturbant.
Avec son budget réduit, son concept minimal
(très peu de règles et d'explications concernant ce petit bâton qu'il faut briser pour voir son souhait se réaliser)
et ses acteurs peu connus, "Obsession" prouve qu’un film de genre peut marquer durablement sans artifices. Entre comédie noire, étude de couple et horreur, Curry Baker signe une œuvre dont l’atmosphère et les thèmes traités (chacun peut se projeter plus ou moins dans cette situation) continue de hanter bien après son final
(jusqu'au-boutiste et très cohérent).