Daube effroyable qui m’a donné envie de quitter la salle au bout de 30mn, et que je me suis quand même forcé à supporter jusqu’à la fin pour voir si la situation allait s’inverser à un moment donné, voir s’il y aurait un retournement qui rendrait le fond moins puant, sans trop y croire. Et effectivement, ça n’arrive pas.
J’ai trouvé détestable de faire du moteur horrifique du film un personnage qui est l’incarnation extrême d’une copine possessive et au comportement psychotique. Et encore plus détestable d’aménager des effets qui se veulent comiques, jouant sur les réactions inattendues et les ruptures soudaines dans l’humeur de cette victime en souffrance… SURTOUT que tout ça est le fait du personnage principal, Bear. La cause du comportement de sa copine, Nikki, c’est qu’il a utilisé un gadget qui exauce les vœux, souhaitant que son crush l’aime "plus que tout au monde". J’ai vu ça comme l’équivalent surnaturel de glisser un roofie dans son verre, avec un effet sur le long terme. Et c’est pourtant ce type, Bear, qu’on doit supporter comme personnage principal tout au long du film.
Il était déjà irritant au début, à ne pas être capable d’exprimer ses sentiments même quand on lui tend une perche énorme. Et pas foutu non plus de donner un simple avis sur du pain, alors qu’il prétend aspirer à devenir critique culinaire. Mais par la suite c’était un calvaire de devoir suivre cette ordure, qui place donc la fille dont il est amoureux dans une situation de dépendance et de vulnérabilité ; et il continue d’en profiter, et de coucher avec elle, tout en sachant que Nikki n’est pas elle-même ni réellement consciente de ce qui se passe.
Alors certes Bear est dépeint de manière consciente comme un type médiocre et toxique, et on pourrait se dire que l’idée est justement de montrer à quel point le protagoniste est une grosse merde, que derrière son apparence de "gentil garçon" timide et mal à l’aise il cache un prédateur qui se révèle dès que l’occasion se présente. Il n’empêche qu’il est énervant de devoir suivre ce personnage tout du long, et le voir s’enfoncer dans la lâcheté sans qu’il se remette en question. En fait le concept ressemble à la concrétisation d’un fantasme qu’on verrait dans une comédie beauf des 80’s, mais qui prend une tournure horrifique ; ce qui est gênant c’est que les considérations éthiques ne rentrent jamais en compte pour le personnage principal, qui ne regrette son vœu que parce que la dévotion de Nikki prend des proportions extrêmes et qu’en découlent des comportements anormaux et violents. Il y a alors une sorte d’inversion malsaine des rôles entre victime et bourreau, Nikki étant la menace dont Bear, et son entourage, font les frais.
Le film ressemble encore plus à un fantasme de mec (la tournure horrifique en plus) lorsque Bear se voit gratifié d’une collègue qui était secrètement amoureuse de lui (il cherchait l’amour au mauvais endroit, alors qu’il était juste là, à portée de main !). Et le traitement de cette relation est puant là aussi, le moment où la fille exprime ses sentiments semblant n’avoir pour fonction que d’aménager la surprise d’une rupture de ton brutale. De manière générale on sent un cynisme et une absence de sincérité du cinéaste dans la façon dont il traite ses personnages, au vu de ce qui arrive à l’entourage de Bear : il n’y a qu’un effet choc et aucune émotion.
Même d’un point de vue purement horrifique, "Obsession" n’est pas bien réussi et paraît long, puisqu’il répète souvent le même schéma : Nikki fait quelque chose d’inattendu, d’inquiétant et/ou violent, Bear tente d’en faire fi et de passer à autre chose, et le cycle se répète.
Par ailleurs il y a parfois un caractère aléatoire et illogique dans ce que fait la jeune femme, qui n’est pas toujours justifié par son amour sans limites pour Bear. Le coup du sandwich par exemple… pourquoi aurait-elle fait ça ? (Si ce n’est pour aménager une surprise pour le personnage principal et les spectateurs ?)
On pourrait aussi relever comme il est absurde que Bear tarde autant à chercher une solution… il n’y songe que lorsqu’il retombe par hasard sur l’emballage de son gadget exauceur de vœu, alors qu’il sait depuis le début que c’est la cause du mal.
Il n’y a que deux choses que j’ai appréciées dans le film : cet extrait fucked-up d’une relecture d’Hansel & Gretel, et le twist final (avec le dernier vœu)… du moins, j’appréciais ce twist avant que la situation ne change à nouveau.
Je me disais avant qu’il n’y avait qu’une issue qui me satisferait, et qu’elle impliquerait la mort de Bear (dont j’attendais tout du long qu’il ait enfin la monnaie de sa pièce) et le fait que Nikki puisse (allez savoir comment) retrouver une vie à peu près normale. Finalement le twist en question m’a plu car c’était une subversion d’un happy end classique… ça se serait arrêté là, ça aurait été une bonne note finale, laissant imaginer que le protagoniste allait vivre ce qu’il avait infligé et se retrouver à son tour dépossédé de sa volonté, et ce indéfiniment, puisqu’il n’y a pas d’issue en vue pour lui.
Sauf qu’en fait, ce qui se passe ensuite à la toute fin place de nouveau Nikki dans une situation où elle est démunie, sa vie foutue en l’air à cause d’un type qui la convoitait et l’a possédée de force. Elle seule doit continuer à subir les conséquences des actions de son bourreau, tandis que lui se voit offrir, en fin de compte, un échappatoire. Comme pendant tout le film, il n’a pas à assumer pleinement, et dans une mesure égale à Nikki, le retour de bâton de ses actes.
Au lieu de rééquilibrer les choses, cette conclusion ne fait donc que prolonger la souffrance de la fille, souffrance qui a été instrumentalisée pour servir de ressort horrifique et/ou comique pendant tout le film. Et encore, si le réalisateur prenait au sérieux le drame que ça représente… mais non. Comme si ça ne suffisait pas, dans les derniers moments il tourne en dérision les cris de désespoir de la jeune femme, les accompagnant d’un choix de musique décalé. Et les hurlements continuent sur le générique de fin, passant au second plan. Dévalorisant encore la souffrance du personnage.
Comme quoi "Obsession" m’aura été détestable jusqu’au bout.