Roméo et Juliette nous ont appris qu’en matière d’amour les adultes gâchent tout. Seuls les enfants/jeunes « s’aiment, simplement savent aimer » (Prévert). Obsession vient battre en brèche cela : en amour (comme ailleurs) les jeunes peuvent faire n’importe quoi. Pas besoin des adultes pour tout faire foirer, il suffit d’un vœu.
Le film de Curry Barker apparaît comme une parodie version comédie (très) noire d’une histoire d’amour. Dans la même veine que le Pinocchio de Winshluss (pour la BD) ou les Kassos. Jugez plutôt : Baron en pince pour Nikki depuis des années mais n’a jamais pu lui avouer ses sentiments. Pas le bon moment, pas le bon mood. Le jeune homme est introverti, maladroit. Contrairement à un héros de Shonen basique il ne va pas progresser mais recourir à une ruse : un objet acheté 6,99 dollars dans un magasin random de sa ville et qui permet d’exaucer un vœu. C’est plus radin que le génie d’Aladin mais l’essentiel est là : Baron peut souhaiter que Nikki l’aime… plus que tout au monde. Notre héros reste un enfant mal dégrossi : il veut être au cœur/ dans le cœur de la belle, le seul que Nikki aime. Premier couac : cet objet, au départ Baron voulait l’offrir à Nikki. Mais comme il a foiré ses interactions du jour avec elle, il se rattrape en reprenant ce qu’il n’a pas encore donné. Comme le mec sympa qui garde et utilise le cadeau qu’il vous destinait. Et puis bon, Nikki en pince sans doute pour lui donc il a juste un peu accéléré les choses. Trust the process!
Les conséquences de ce voeu de Baron occupent le reste du film qui nous joue la vie à deux version viciée, qui rejoue quelques scènes de films passés (Smile, Hérédité, l’Exorciste…) : les bons moments passés ensemble, les rires et les baisers coexistent avec un scepticisme de l’entourage (mais pour vivre heureux vivons cachés, rien que tous les deux : osef des autres ?), des réactions pas très « naturelles » de Nikki, des petits plats pas très bons et un tapis qui n’avait rien demandé. Comme si aimer Baron était un travail (coucou Beth Smith) ingrat, trop dur à porter pour ses épaules, Nikki « débloque ». Le ver était dans le fruit depuis le départ. Tel un fruit que on filmerait en vitesse accélérée, on voit le couple dépérir. Nos Roméo et Juliette deviennent glauques, le genre qui vous fait changer de trottoir et qui donne à une scène de sexe les attraits d’un viol (avis de recherche lancé pour le consentement).
Baron s’entête : il a la fille de ses rêves avec lui, c’est tout ce qu’il voulait. Mais il n’a qu’une version abîmée de Nikki, forcée à l’aimer par des forces qui la dépassent (parallèle avec la soumission chimique activé). Incapable de s’occuper de son chat, comment Baron peut-il savoir comment gérer une relation à deux ? Savoir ce qu’est aimer, véritablement aimer ? Ironie suprême : le rôle joué par l’oxycodon, un des responsables de la crise des opioïdes aux EUA.
Finalement ce Baron là n’est pas un gentil garçon. #savenikki