« Fais attention à ce que tu souhaites » : la leçon est usée jusqu’à la corde, et Curry Barker le sait mieux que personne. Obsession part d’une idée si basique (un garçon timide formule un vœu pour que sa meilleure amie l’aime, et ça dégénère) qu’on pourrait le soupçonner de paresse. Mais c’est précisément là que le film nous attrape : plutôt que d’inventer une mythologie alambiquée, l’auteur assume la simplicité du conte d’horreur à l’ancienne, façon Contes de la crypte qui s’étire sur 1h50. Résultat : aucune surprise sur la destination, mais un suspense délicieux sur la façon dont le cauchemar va s’installer et s’installer, il le fait, avec une lenteur vicieuse qui transforme le « happy end » de pacotille en piège à ours.


Là où Obsession devient malin, c’est dans sa manière de détourner les clichés de la comédie romantique pour mieux les retourner contre nous. Michael Johnston incarne le faux gentil avec une gueule d’éternel ado si banale qu’on l’aurait parié inoffensif, il ne l’est pas. Face à lui, Inde Navarrette est parfaite. Sauf que son sourire se fige, ses gestes deviennent mécaniques, et on assiste, horrifiés et fascinés, à la lente mue d’une femme objective en poupée de cire, puis en croque-mitaine. Curry Barker alterne plans larges silencieux et éclats de violence avec un humour tordu, et ce contraste, la douceur apparente contre la furie intérieure, fait monter une angoisse d’autant plus prenante qu’elle est servie par une actrice épatante, capable de passer de la tendresse au massacre sans perdre une once de crédibilité.


Alors, Obsession est-il un petit miracle ? Non, et son scénario ne le prétend pas. Mais il est une sacrée bonne surprise pour qui aime l’horreur qui ose rire de ses propres ficelles. Curry Barker ne cherche pas à révolutionner le genre : il l’étire, le tord, le malaxe jusqu’à ce qu’il crache son jus noir. La vraie obsession du film, ce n’est pas le vœu idiot du héros, c’est ce portrait cruel du désir masculin qui, sous couvert de romance, confine au viol psychique. Et quand la dernière scène vous claque avec son ironie jouissive, vous repensez à ce million de dollars à peine déboursés, aux festivals qui ont flairé le bon filon, et à cette vérité que le film martèle avec une énergie contagieuse : les histoires les plus simples, quand elles sont racontées avec ce mélange de cynisme et de jubilation, ont encore de quoi nous hanter. À voir, ne serait-ce que pour Inde Navarrette, qui s’impose d’un coup comme l’une des gueules les plus passionnantes du jeune cinéma d’horreur.

Créée

le 30 mai 2026

Critique lue 29 fois

Obsession

Obsession

8

Plume231

le 20 mai 2026

Suivre

Her Body, Not Her Choice!

Un budget entre 750 000 et un million de dollars pour ce film d'horreur ? Eh ben, vu le nombre de bouses à 100, 200, voire 300 millions de dollars que nous chient les studios hollywoodiens par an, on...

Obsession

Obsession

7

Sergent_Pepper

le 16 juin 2026

Suivre

Les amants du sang neuf

L’actualité cinématographique est plus généralement occupée par les crashs en série des blockbusters dépassant les 100 millions de budget que par le phénomène, bien plus rare, d’un film comme...

Obsession

Obsession

8

Behind_the_Mask

le 15 mai 2026

Suivre

Coeur qui soupire doit se méfier de ce qu'il désire

La voilà donc la nouvelle bête horrifique, le nouveau phénomène de festival au bouche-à-oreille des plus flatteurs et à l'enthousiasme bien suspect.Le masqué, lui, s'est tout d'abord beaucoup méfié...

The Last Viking

The Last Viking

9

La-derniere-seance

le 10 févr. 2026

Suivre

Drôle, brutal et d’une justesse psychologique remarquable

Dans la comédie noire surréaliste d'Anders Thomas Jensen, Mads Mikkelsen est magistral en Manfred, un homme dont l’existence bascule lorsque son frère cambrioleur, Anker, est arrêté. Ce dernier lui...

The Bride!

The Bride!

2

La-derniere-seance

le 4 mars 2026

Suivre

Quand Barbie rencontre Frankenstein

Il y a des projets qui sentent la naphtaline avant même d'avoir quitté la boîte de production. The Bride en est le parfait specimen : un Frankenstein décharné qui traîne sa carcasse entre le clip...

Les Rayons et les Ombres

Les Rayons et les Ombres

10

La-derniere-seance

le 19 mars 2026

Suivre

Dans la tête d'un collabo

Le Rayon et les ombres n’est pas un film de plus sur la Collaboration. Xavier Giannoli fait le choix courageux de la lenteur et de l’ambiguïté pour traquer, en trois heures quinze, ce qui se passe...