Ça fait vraiment plaisir ce qui se passe, là, coup sur coup, avec Obsession et Backrooms. Il y a un truc vraiment inspirant qui est en train de se déployer.
Voilà...
Maintenant je me souviens : c'est bien à cause de cette phrase-là que je suis allé voir cet Obsession.
Ces mots, ce sont ceux qu'a prononcés François Theurel, alias le Fossoyeur de films, en introduction de son épisode de Camera Obscura consacré à Backrooms.
Backrooms, cet autre long-métrage d'épouvante réalisé par un autre youtubeur...
Backrooms que j'ai vu la semaine dernière et que j'ai particulièrement apprécié...
Et donc Backrooms que ce cher François a décidé de lier dans sa critique à cet Obsession, notamment pour cette capacité qu'ils ont tous les deux d'afficher « une gueule qui [leur] appartient, une démarche qui [leur] appartient et qui s'y tien[nen]t que ce soit dans [leurs] qualités ou même [leurs] quelques défauts... »
Autant dire que, toujours animé que j'étais par l'enthousiasme qu'a su générer chez moi le film de Kane Parson, je n'ai pas cherché à en apprendre davantage sur celui de Curry Barker.
J'ai fait confiance à Theurel et je me suis précipité dans la salle près de chez moi qui projetait encore ce long-métrage...
...Et donc voilà.
Voilà comment je me suis retrouvé face à... ce truc-là.
Cette consternante source permanente de gêne absolue.
Alors – attention – avant d'en dire davantage, je tiens à ce qu'on s'entende bien tout de suite sur une chose.
Comme Theurel, je suis le genre de cinéphile qui suis gavé comme jamais de la standardisation aseptisante du cinéma d'épouvante de ces dernières années (décennies ?), au point de m'être fâché avec un genre que j'appréciais pourtant par le passé. Et comme Theurel, je suis sensible à toute démarche visant à rafraîchir les codes, tenter des trucs, prendre des risques, quitte à ce que à ça produise parfois un résultat bancal.
Mais à un moment donné, il va falloir qu'on se mette d'accord sur un vocabulaire commun, histoire qu'on puisse partager la même réalité, lui et moi.
Parce qu'autant je suis d'accord pour dire qu'il y a dans Backrooms une tentative, une audace, un rafraichissement des codes, quitte à ce que ce soit parfois bancal, mais là, pour Obsession, où sont ces caractéristiques ?
Non mais, vraiment.
Parce que bon, on se pose juste sur le seul premier quart d'heure ?
Première scène : dialogues.
Deuxième scène : dialogues.
Troisième scène : dialogues.
Et attention : de la haute volée, ces dialogues !
« Ralalah Nikki... Je t'aime tellement trop fort que c'est trop fort comme je t'aime trop...
– Ah non mais je t'arrête tout de suite mon pote ! Il faut pas lui parler comme ça à Nikki ! Heureusement que tu as répété avec nous !
– Ah oui ? Ah euh. Bah désolé. Oh bah euh la honte grave alors... Olalala les copains. Que dois-je faire ?
– Moi je sais comment faire avec les filles, mon reuf. Il faut leur parler mal et tout et tout, pour éviter de lui montrer de l'attachement.
– Ah euh oui ? Ah euh bon ?
– Quand comptes-tu lui faire ta déclaration ?
– Bah euh à la soirée quizz... Ah mais la gêne... D'ailleurs euh si euh vous pouviez ne pas venir...
– Ah non mec ! La soirée quizz c'est sacré. C'est ma raison d'être ! Tu sais quoi ? Tu ferais mieux d'attendre le bon moment. En vrai, tu as tout le temps. Mais vraiment... Tout le temps... »
Et ceux qui ont vu ce film savent. Ils savent que je n'exagère RIEN.
(Enfin franchement à peine...)
Est-ce qu'on est d'accord au moins sur un point ?
Est-ce qu'on est d'accord au moins sur le fait que, dans le fond comme dans la forme, ce film semble avoir été écrit par un ado de 14 ans ?
Et ça n'arrête pas, hein ! Les scènes suivantes c'est vraiment du même tonneau !
« Ian... Laisse-moi avec Nikki, stp...
– Quoi ?
– Laisse... moi... avec... Nikki.
– Eh les garçons, qu'est-ce que vous vous chuchotez ?
Hein euh bah euh non rien, Nikki. Hé hé hé...
– Ah OK. Bon bah dans ce cas-là, moi, je vais aller commander des shots de tequila !
– Ah ? Ah bah euh... Attends Nikki... Euh, je t'accompagne.
....
– Quatre tequilas s'il vous plaît...
– Euh non... Pour moi ce sera euh une Pina colada euh s'il vous plaît...
– Une pina colada ? Tu es sérieux ?
– Hé hé hé... Euh bah oui. Hé hé hé... Euh...
– Mais tu es un GOSSE ! Un gosse qui veut son jus de fruit en fait !
– Euh... Hein, euh bah oui hein... Hé hé hé... »
Non mais franchement : quelle putain de victime ce héros !
Et cette meuf, mais quelle pouffiasse !
Jusqu'au bout du bout, ce film est vraiment lesté par une écriture de puceau. Les personnages sont creux au possible, animés que par des postures ultra-caricaturales. Et ça s'étale linéairement sans aucun sens du rythme. Et ça te filme tous ces échanges en champ / contrechamp sans âme où, 95% du temps, chaque personnage est bien mis au centre de l'image parce qu'on ne sait pas où les foutre.
Même un film de CAV, c'est mieux gaulé que ça.
Très sincèrement. Je dis ça vraiment sans aucune exagération.
Et tout est comme ça dans ce film.
L'élément perturbateur ? Il met vingt ans à faire son apparition. Et lui aussi il est amené avec la subtilité d'un éléphant.
« Bonjour madame la vendeuse de pierres, j'aimerais acheter euh... Bah j'aimerais une pierre pour ma copine... Enfin, ma copine euh... Hi hi hi... Enfin ce n'est justement pas vraiment ma copine, hu hu hu...
– Celle-ci, c'est l’œil du tigre. Elle donne l'énergie et l'envie de faire de la corde à sauter pendant des heures puis de grimper des escaliers en levant les poings.
– Euh... Oui... Mais... Mais en fait NON ! Je vais acheter ce bâton magique qui permet de faire des vœux !
– Euh... Oui si tu veux, mais pourquoi ce changement si soudain ?
– Oh je sais pas. Peut-être parce que la musique vachement insistante du film a essayé de me convaincre que c'était un truc mystérieux qu'il fallait absolument que j'achète.
– OK, c'est comme tu veux. Ça fera 15 dollars.
– D'accord. Mais euh... Ça marche vraiment ?
(Vrai dialogue du film. Non mais sérieux ?)
– Oui. Mais j'ai beaucoup de retours de gens qui demandent à annuler leur vœux.
(Mais quel vendeur dirait ça ?!)
– Ah bon ? Mais pourquoi ? »
Non mais stop ! Stop ! STOP !
Ce n'est pas possible d'être aussi con. Vraiment.
Et puis franchement, le mec, il va jusqu'au bout de la connerie ! Parce que, bon, il trouve quand même moyen de réussir à ramener son crush chez elle. Elle lui dit qu'elle va démissionner pour pouvoir se consacrer à son bouquin mais qu'elle aurait vraiment besoin de tomber amoureuse pour trouver l'inspiration. (Oui, ça tombe comme ça.) Et au moment de rentrer chez elle, elle lui demande littéralement comment il perçoit leur relation. Autant dire que le gars a un boulevard – à se demander d'ailleurs comment c'est possible vu à quel point le type dégage le charisme d'une écrevisse – et pourtant, malgré cette voie royale, que décide de répondre notre héros ?
« Ah euh bah euh... Mais je considère qu'on est de très bons amis... Non ? »
Je sais ce que vous vous dîtes peut-être. Je sais ce que les bonnes âmes se disent aussi sûrement.
Si le héros est aussi teubé, c'est parce que c'est intentionnel.
Le but était justement de poser un personnage introverti, maladroit, pas à l'aise avec les filles... OK. Ça, c'est une chose.
Seulement, il y a manière et manière d'écrire un personnage timide.
Lui, Bear... (Oui parce qu'il s'appelle Bear, histoire de ne rien nous épargner) Bear est plus qu'un mec timide. C'est un gars qui frôle l'AVC à chaque mot. Surjouer ce truc à ce point, ce n'est pas une intention. C'est une balourdise.
Et là, je pense qu'on a déjà suffisamment de matériau pour commencer à dire les termes.
Ce film n'est pas une œuvre qui rafraîchit les codes grâce à son audace et ses prises de risque, quitte à être parfois bancal. Ce film est juste une œuvre qui ne maîtrise pas les codes.
Il essaye de nous ressortir la formule convenue mais il n'a ni la maturité, ni la maîtrise et – osons le dire – ni le talent pour les reproduire. Et donc on se retrouve avec un truc totalement lunaire parce que sidéralement raté.
C'est hallucinant comment rien ne va dans ce film.
C'est consternant de la première à la dernière minute.
Il n'y a rien d'original. Rien de cohérent. Rien de subtil.
La seule idée qu'a le film – et qu'il essaye d'exploiter systématiquement – c'est de produire des transitions abruptes. Transitions abruptes entre les scènes et transitions abruptes dans les attitudes hystériques de Nikki : c'est la seule carte que Curry Baster est en mesure de sortir de sa manche et – manque de pot – à chaque fois, c'est le même valet de pique. Parce
que même ça c'est systématiquement fait en mode bourrin.
C'est d'une pauvreté.
Et encore une fois, à côté de ça c'est tellement d'une connerie sans borne...
Ta meuf a des hallucinations nocturnes ? Eh bah appelle un médecin, Bear !
Elle te menace d'un couteau ? Jette-la de chez toi, Bear !
Elle bute quelqu'un ?
EH BAH APPELLE LA POLICE, BEAR ! MAIS TU ES CON OU QUOI ?!
Et qu'on ne me dise pas que si Bear tend à ce point à ne pas trouver de solution c'est pour montrer à quel point la situation d'emprise lui va très bien ; que derrière ses allures de gentil fragile c'est un mec toxique en puissance. Ah ça non ! Parce que si ton objectif c'est de dénoncer la toxicité de quelqu'un, tu ne fais pas en sorte que ce soit la victime de la relation toxique qui soit l'autrice des violences et la responsable du climat anxiogène ! Non mais merde, quoi ! Même la base de la symbolique manifestement recherchée est totalement foirée !
Au bout du compte c'est toujours Bear la victime ! Une victime qui a la puissance d'action d'un gamin de 8 ans ; et qui d'ailleurs ne cesse de parler comme un gamin de 8 ans !
« Nikki... Non mais vraiment... Cuire le chat, ce n'est vraiment pas bien... Là je suis vraiment... Vraiment très très fâché... » (Vraie citation du film.)
Non mais « au secours ! » quoi...
Mais quel enfer... Quel enfer, ce film !
Dans le dernier tiers, Bear débarque affolé chez le vendeur de porte-bonheur pour demander comment annuler son vœu...
(Et il se décide à la faire qu'après que sa meuf ait fini par buter quelqu'un, hein... Un peu lent à la détente, le Bear)
...et le vendeur n'a pas l'air interpellé par le fait que Bear soit couvert de sang. Idem, il peut expliquer sans broncher...
...qu'on peut annuler un vœu en se butant.
Bah oui, bien évident ! La CGU la plus anodine du monde, quoi ! Le machin qui peut se dire comme ça, tranquillou billou !
Non mais merde.
Non non non et NON, quoi !
Du début jusqu'à la fin, ce film cumule les fautes, les lourdeurs, les bêtises... Et donc, ce serait rafraîchissant ?!
Mais quel naufrage que de défendre une pareille position !
Le pire, c'est qu'il n'est pas le seul, le Fossoyeur, à tenir un tel discours. En allant sur SensCritique juste avant de poster ce billet (et que j'ai donc amendé en conséquence), j'ai constaté que, même ici, les retours au sujet de ce film étaient très bons, avec une moyenne supérieure à 7.
Et que lis-je comme argument central pour défendre ce film ? Quand je consulte mes estimables éclaireurs, c'est toujours le même argument qui revient : face à toutes ces bouses à 100 millions qui s'écrasent, ça fait plaisir de voir un film qui a coûté moins d'un million d'euros connaître le succès... Et moi, quand je lis ça, j'avoue que ça me consterne un peu.
Parce que, désolé, mais moi je ne considère pas qu'une bouse à 1 million soit une meilleure affaire qu'une bouse à 100 millions.
Une bouse reste une bouse. Et cet Obsession aura beau rencontrer la sympathie de certains au prétexte que ça a été fait par des petites mains avec peu de sous que ça ne change rien au fait que ce film n'apporte strictement rien au schmilblick.
C'est juste un mauvais film d'horreur. Peut-être un film d'horreur plus touchant que tous ces autres mauvais films d'horreur qui sont réalisés cyniquement par des yes men, mais au bout du compte, ça reste un très mauvais film d'horreur et je trouve juste sidérant qu'on puisse ne serait-ce qu'essayer de prétendre le contraire.
Et ce n'était d'ailleurs pas un hasard si j'ai ouvert ce billet en vous parlant de François Theurel.
Il y a déjà de cela plusieurs mois, je m'interrogeais ici sur son étonnant recalibrage à la baisse de ses standards cinematographiques. Je n'y voyais pas d'inquiétante dégénérescence mais plutôt un réajustement nécessaire pour éviter de sombrer dans l'aigreur face à l'effondrement global que connait le cinéma depuis un certain temps.
D'un côté, je comprends. Quand on a fait du cinéma une passion, il est terrible de voir sa passion se tarir faute de quoi la nourrir. Alors on s'accommode peu à peu, petit à petit, pour sauver la flamme... Et on en arrive là. On en vient à s'émouvoir d'un mauvais film juste parce qu'il nous rappelle vaguement que, parfois, le cinéma peut être réalisé loin des mécaniques aseptisées, quand même le résultat est-il consternant de bout en bout.
Franchement, voilà un succès critique et spectateur qui me foudroie.
Le Fossoyeur a fait savoir que, bientôt, il sortirait une vidéo pour expliquer ce qu'il a trouvé d'intéressant dans cet Obsession. Autant vous dire que, pour moi, c'est cette production YouTube-là qui risque de vraiment me faire peur...