Curry Barker donne la clé de son film dès sa première séquence. Ce qui se jouera face au spectateur, durant 1h49, c’est un monologue d’un homme face à une femme. De Bear, fou amoureux de Nikki, face à Nikki, qui considère Bear comme un très bon ami. Mais incapable de lui avouer ses sentiments, ce dernier se résout à utiliser un objet magique ayant la propriété d’exaucer le vœu de celui qui l’utilise. Vraisemblablement sous l’effet du sortilège lancé par Bear, Nikki adopte immédiatement un comportement étrange : instabilité émotionnelle, parole confuse, mouvements erratiques, épisodes de paralysie. L’étonnante performance physique de l’actrice Inde Navarrette, alliée à l’excellent travail photographique mené par le chef opérateur Taylor Clemmons, participe activement au malaise suscité par la situation. Curry Barker convoque une grammaire des films de possession en racontant une dépossession. Obsession dresse ainsi le portrait d’une relation univoque, et formule un commentaire sur la masculinité toxique ordinaire. Sans renvoyer le personnage de Bear au masculinisme MAGA, Barker montre comment, par négligence, lâcheté et manque de confiance, cet anti-héros glisse dans un schéma abusif. C’est ce qui en fait un film sociologiquement passionnant à disséquer et penser. Artistiquement, il l’est moins à mes oreilles à cause notamment d’une musique dont la nature massive écrase une mise en scène déjà prodigue en effet choc. Obsession n’en demeure pas moins un huis clos conjugal réussi.