Les vœux sont dangereux.
Le BigDino le sait bien : imaginez-le un moment, en pleine ère glaciaire, quoi de plus naturel qu'il souhaite ne plus avoir froid. Et soudain, son vœu est exaucé, un gigantesque météore flamboie dans le ciel.
C'est ce genre de vœu que va passer le personnage principal de ce film. Lorsqu'il va souhaiter que la fille de ses rêves l'aime, lui, plus que tout au monde.
Oui, les vœux sont dangereux.
Et même si le BigDino le sait bien, est-ce qu'il pourrait résister à la tentation, si l'occasion d'en faire un lui était donnée ? L'espoir, des fois, n'est pas une belle chose.
Obsession commence comme une comédie romantique. Sauf que le garçon est seul. Il répète la scène censée conquérir l'objet de ses rêveries (le mot objet est important). Déjà il y a quelque chose de l'ordre du malaise dans cette scène : il parle de comment il ressent la présence de l'être aimé ; il parle de ses sentiments, mais jamais de ce qu'elle pourrait ressentir, et de comment il pourrait la rendre heureuse. Ce serait une lettre de motivation, je ne lui confierais pas le job.
Avant cette première image, Obsession commence par un son. Une musique qui semble assemblée de bric et de broc, travaillant sur la rupture. C'est ainsi qu'avancera le film, par ruptures successives. Ruptures de ton, lorsqu'on passe aisément de la comédie romantique à l'horreur, de l'horreur à l'humour, et ainsi de suite. Rupture au montage, quand les plans sont juxtaposés brutalement, comme jetés à la face du spectateur. Même lorsqu'un plan semble fixe, on note des coupures.
C'est là une indéniable réussite d'Obsession : la simplicité avec laquelle il met en place ses effets. A l'heure de "l'horreur méta" et des effets de manche qui remplacent une véritable profondeur, la manière dont Curry Barker investit la limpidité de la série B à l'ancienne est rafraîchissante. Obsession n'est jamais aussi malin que lorsqu'il n'en a pas l'air.
Il arrive même à passer un message sans alourdir son film. Même si on a une scène explicative de la toxicité du personnage principal, il suffit en fait de juxtaposer la première image et la dernière image, et on a, effectivement, un sens.
Grâce à ses idées, Curry Barker parvient à renouveler le genre du film de possession, même s'il n'évite pas les poncifs du genre. Ceci dit, on peut ajouter à son crédit la manière dont il joue parfois avec, comme cette deuxième visite à la boutique qui vend les voeux.
Voilà donc une bonne série B, aussi simple qu'elle est inventive. On pourrait regretter le manque d'épaisseur psychologique qui rend parfois le truc un peu difficile à avaler (genre les amis qui n'interviennent pas, et se trouvent les meilleures raisons du monde pour ne pas le faire, il leur faut quoi, en fait, pour réagir?).
Mais par le côté artisanal du film, Curry Barker montre sa foi dans un cinéma populaire, pour lequel le mot cinéma est également important. Le public veut du divertissement? Donnons-le-lui. Avec quelque chose en plus.
Signé : BigDino, qui souhaite que vous aimiez ce film.
Peut-être pas plus que tout au monde.
Certaines erreurs doivent être évitées.