Obsession est typiquement le genre de film qui donne envie de l’aimer davantage qu’on ne l’aime réellement. Il y a de bonnes idées, une vraie volonté de proposer quelque chose visuellement travaillé et une ambiance qui fonctionne plutôt bien. Mais derrière cette enveloppe soignée, le scénario laisse beaucoup trop de questions en suspens pour que l’ensemble soit réellement satisfaisant.
Le premier élément qui m’a vraiment convaincu, c’est le casting, et plus particulièrement l’actrice principale. Elle porte littéralement le film sur ses épaules. Sa présence, son jeu et sa capacité à faire évoluer son personnage sont, selon moi, les véritables moteurs du long-métrage. Les autres interprètes sont nettement en dessous et peinent davantage à exister face à elle.
Mais le véritable point fort d’Obsession, c’est sans aucun doute sa caméra. Elle vit, elle bouge, elle accompagne les personnages et participe pleinement à l’atmosphère du film. C’est probablement ce que j’ai préféré. La mise en scène sait créer une ambiance inquiétante et malsaine, avec un visuel particulièrement propre. Ce n’est certes pas révolutionnaire dans son exécution, on reste dans quelque chose d’assez classique pour le genre, mais c’est maîtrisé.
Et ce soin visuel est d’autant plus appréciable lorsqu’on connaît le budget du film, annoncé autour de 750 000 dollars. On sent clairement que l’argent a été utilisé intelligemment. Le film paraît beaucoup plus ambitieux que son budget ne pourrait le laisser penser, notamment grâce à une photographie et une mise en scène qui donnent une vraie qualité à l’ensemble.
Là où je décroche davantage, c’est sur le scénario.
Concrètement, de quoi parle-t-on ? Nikki est-elle réellement possédée par une entité démoniaque ? Est-elle manipulée par quelque chose d’extérieur ? Ou bien est-ce simplement la conséquence de son souhait ? Le film ne donne jamais véritablement de réponse. Même la scène du service après-vente, censée nous apporter quelques éléments pour comprendre ce qui se passe, reste extrêmement ambiguë. À qui parle-t-on réellement à ce moment-là ? Au diable ? À un démon ? À une autre entité ?
Et ces fameux détails visuels autour de Nikki n’arrangent pas vraiment les choses. Les lueurs dans ses yeux sont-elles le symbole d’une possession ? Cette double lueur signifie-t-elle qu’elles sont désormais deux à habiter le même corps ? Ou est-ce simplement une représentation symbolique de son état ?
On ne sait pas.
Je suis pourtant loin d’être contre l’interprétation. Au contraire, j’adore lorsqu’un film laisse suffisamment de place au spectateur pour construire sa propre lecture. Mais encore faut-il que le film fournisse suffisamment d’éléments pour permettre plusieurs interprétations cohérentes. Ici, j’ai surtout eu l’impression qu’on me demandait de combler les trous laissés par le scénario. Et personnellement, je suis passé à côté. Je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus concret.
Le scénario souffre également d’un autre problème : sa prévisibilité. J’ai malheureusement anticipé la fin au bout d’environ quinze minutes. Et lorsque l’on comprend très tôt où le film veut nous emmener, le manque de surprise devient rapidement problématique. Les révélations perdent leur impact et la conclusion, au lieu de produire un véritable effet, donne davantage l’impression de confirmer ce que l’on avait déjà compris.
Je ne parlerai même pas de l’objet magique, mis à disposition de tout le monde, dont l'introduction m’a paru particulièrement maladroite. C’est le genre d’élément qui aurait mérité d’être beaucoup mieux amené, tant son fonctionnement et sa place dans l’histoire m’ont semblé étranges.
En revanche, la thématique de l’obsession et des relations toxiques fonctionne plutôt bien. Le film montre assez efficacement les dérives liées à la vénération d’une personne et à la perte progressive de soi dans une relation. L’idée selon laquelle placer quelqu’un sur un piédestal, jusqu’à en faire le centre absolu de son existence, ne peut qu’avoir des conséquences néfastes sur l’équilibre mental est intéressante et plutôt bien exploitée.
Reste le succès du film. Son box-office est effectivement impressionnant, mais je dois avouer que j’ai du mal à comprendre un tel engouement. J’ai davantage le sentiment qu’Obsession a trouvé son public auprès d’une génération relativement jeune, particulièrement réceptive à ce type d’ambiance et de thématiques. Cela ne retire évidemment rien à son succès, mais cela peut expliquer en partie l’écart entre l’accueil du public et mon propre ressenti.
Obsession n’est donc pas un mauvais film. Il possède de vraies qualités : une actrice principale convaincante, une caméra particulièrement vivante, une ambiance réussie et un visuel très propre compte tenu de son budget. Mais son scénario, trop prévisible et surtout trop flou sur ses propres règles, m’a laissé sur le côté.
Intéressant, mais loin d’être transcendant.