Bear, garçon solitaire et employé d’un magasin de musique, est très amoureux de son amie et collègue Nikki mais n’ose pas lui faire sa demande. Un jour, il achète un One Wish Willow dans une boutique de farce et attrape, qui serait en mesure d’exaucer n’importe quel vœu. Un soir, tandis qu’il raccompagne Nikki chez elle, mais ne parvient pas à lui parler il fait le vœu qu’elle l’aime plus que tout au monde.
Sur cet argument de série B, Curry Barker, vingt-cinq ans, qui s’est fait connaître par des courts et moyens métrages via Youtube, livre un premier film de cinéma impressionnant, d’une belle maîtrise, non dénué de défauts mais qui s’avère absolument terrifiant. Un Play Misty for me (l’un des grands Eastwood) inversé. Un vrai film de notre temps, en somme.
Pour comprendre l’idée phare du film il faut revenir à sa première séquence. Bear est dans un bar et fait sa déclaration d’amour à une fille, qui tombe sous son charme. Elle exagère volontiers d’être séduite tout simplement parce qu’il s’agit d’une répétition : Bear s’entraînait simplement face à une serveuse, devant son pote, qui le coach. La scène dit déjà tout du film et du personnage : qu’importe la fille, Nikki ou une autre, Bear veut qu’on l’aime.
C’est un beau film sur le consentement, le love bombing et la lâcheté masculine, un beau film sur un célibataire introverti maladif, un pré-incel qui s’ignore. Et qu’importe la suite des événements, Bear (littéralement l’ours, l’ogre) va se satisfaire d’être aimé à l’obsession. Alors on pourra toujours se questionner sur sa capacité d’acceptation un peu excessive mais je pense que Barker veut avant tout en faire un personnage incapable de faire machine arrière. Même quand il va pour se suicider en avalant des cachetons – dès lors qu’il apprend que c’est le seul moyen de sauver Nikki – il choisit de se faire vomir in extremis.
Alors certes il y a beaucoup de facilités et de séquences trop attendues. J’en citerais notamment deux. Tout d’abord celle du petit jeu entre potes, sorte d’action ou vérité qui tourne mal et qu’on voit venir à des kilomètres. Ensuite la scène de la voiture avec l’autre amie et collègue. C’est assez prévisible. Prévisible mais punaise, ça fonctionne tellement bien et surtout chaque scène surprend soit par son malaise (le coup de la chaise, mon dieu) soit par son extrême violence (la brique je ne l’avais pas vu venir). Mais il y a aussi le coup du chat dont on aurait pu se passer – qui fait un peu trop clin d’œil à Liaison fatale, d’ailleurs. Ou le coup du vœu du pote qui ne me semble pas hyper bien construit et canalisé. Ou la musique qui est globalement merdique. Mais bon, ce sont des détails, on va dire.
Donc j’en arrive à l’essentiel. Qui plus est pour un petit film de série B qu’il est, il ne faut pas l’oublier : j’ai flippé comme rarement (depuis It follows ?) au cinéma, les poils hérissés, la main cachant parfois mes yeux. J’ai dû fusionner avec mon siège. Je pense avoir laissé une partie de moi dans cette séance. Et ça ne se joue même pas sur des jump-scares à la noix, mais plutôt sur un malaise permanent (mais jamais trop prononcé) et des cris (sans doute sur-mixés) que je ne suis pas prêt d’oublier. Le « No, no, no, No, NO, NOOOO » j’en ai encore des putains de frissons. À contrario les scènes où elle est monolithique avec un sourire figé ne me font rien : là j’ai l’impression que Barker tire trop vers l’héritage Smile & co.
Et cela permet d’évoquer cette scène géniale, bouleversante où l’on a enfin accès à la vraie Nikki, quand la bête en elle s’est endormie. Elle est prisonnière, chuchote et supplie Bear de la tuer pour que son cauchemar s’arrête. Et lui ce qu’il entend – alors que cette créature, qui n’a jamais été la vraie Nikki, lui fait vivre un enfer absolu – c’est à quel point ça semble horrible de vivre avec lui. Je pense que c’est l’idée merveilleuse du film, qui achève de faire de lui un personnage odieux, une grosse merde égocentrée incapable de prendre en considération les autres, la souffrance des autres et encore moins, on le découvrira bientôt, de regarder celle qui s’intéressait vraiment à lui. Un film dans lequel on veut sauver le personnage apparemment démoniaque ce n’est pas courant. Et Inde Navarrette est incroyable, voilà.
Bref, super film, je me range à l’avis général, critique et public – le film est en train de tout péter, c’est dingue, ma salle était encore à moitié pleine, deux mois après la date de sortie. Tout n’est pas réussi, ni génial. Mais il y a une ambiance, des plans, des sons, qui ne me quittent pas. Et puis cette fin (de conte, façon anti Roméo & Juliette) est absolument parfaite, faut le mentionner. Le film s’étire un poil trop, il y a un ventre mou mais il réussit clairement sa sortie !