Old vaut moins pour son concept somme toute limité que pour la façon esthétique qu’a M. Night Shyamalan de le traiter. La plage mute en un terrain d’expérimentation formelle sur lequel le cinéaste fait preuve d’une inventivité réjouissante ; ce faisant, il transpose l’effroi de son postulat en une bizarrerie visuelle et sonore, il compose un microcosme oppressant au sein duquel perce néanmoins un lyrisme à fleur de peau – de très belles scènes rassemblent un couple que l’ouverture caractérisait par son délitement certain. Il dissémine en outre dans son long métrage des références à ses œuvres précédentes – par exemple, voir Chrystal ramper dans la caverne rappelle la grand-mère de The Visit (2015) – ainsi qu’à d’autres œuvres, notamment The Missouri Breaks (Arthur Penn, 1976).
Nous regretterons alors que le sensible n’occupe une place plus importante, parasitée par des retournements de situation à foison et par une cruauté quelque peu complaisante. L’humain donne l’impression d’être négligé, relégué au second plan au profit d’un mécanisme bien huilé qu’actionne un réalisateur aussi omnipotent que le personnel de laboratoire qu’il pointe du doigt. Seul vaut le compte à rebours, parabole facile de la mortalité intrinsèque de la condition humaine. Si les acteurs livrent des prestations convaincantes, la psychose collective s’avère forcée et prévisible, tourne au spectacle de grotesques tout à la fois ludique et vain. Un petit film réussi, une réussite mineure dans la carrière de M. Night Shyamalan.