Gena Rowlands (merveilleuse) interprète dans Opening night une star du théâtre. Sa conception de la vie, déjà abîmée par une irrémédiable solitude, bascule complètement lorsqu'elle assiste à l'accident de l'une de ses fans, renversée par une voiture.
Elle joue dans une pièce dont l'intérêt est inversement proportionnel à l'égo de son auteure. Dans la pièce, elle se fait gifler au détour d'une scène. Seulement voilà, elle ne supporte plus cette violence physique, serait-elle simulée. Dès lors va se dessiner un superbe portrait de femme, qui n'en peut tout simplement plus. Adulée et poursuivie par ses fans, dans l'intimité elle se retrouve seule et recourt à l'alcool pour tenir. Ses collègues la méprisent, pour ce qu'ils voient lorsqu'elle descend de scène, voire la tiennent pour une idiote. Elle s'enfonce dans une spirale dont elle ne sait plus comment sortir.
Le rôle qu'elle doit jouer est celui d'une femme qui encaisse tout. Or, elle ne se reconnaît pas, ou ne souhaite pas se reconnaître dans ce personnage. Dès lors qu'elle-même est en révolte face à sa situation, elle ne peut plus jouer ce personnage qu'elle juge niais et dont elle ne comprend pas les réactions. Seulement voilà, personne ne la prend au sérieux : comment pourrait-elle juger de la qualité de l'écriture? Face à ce mépris généralisé, la seule solution qui lui reste est de briser le quatrième mur, et de prendre directement le public à partie. Mais celui-ci, ne comprenant pas qu'elle ne joue pas réellement la pièce, n'y comprend rien et même rigole quand elle est tout à fait sérieuse.
Opening night est un film dur, très sombre. Une question se pose : si nous étions à la place des spectateurs de la pièce, et donc sans connaissance de l'envers du décor, comprendrions-nous la situation? Ou, plus probablement, ririons-nous avec le public? Pour Gena Rowlands, il n'y a plus d'échappatoire, car il n'y a plus personne pour la comprendre.