Dans cette magnifique tranche de vie, tout au long des années 60, de la véritable petite école hongkongaise d'apprentissage de l'opéra de Pékin où furent formées enfants, à la dure, les futures stars de films d'arts martiaux Jackie Chan et Sammo Hung (respectivement Gros Nez et Sammo dans le film), ce dernier incarne lui-même son professeur de l'époque, Maître Yu, directeur et seul enseignant de ce petit établissement réputé localement pour ses spectacles mais confronté au désintérêt progressif du grand public pour cette forme d'expression scénique, à l'aube de sa seconde vie au cinéma par le biais des wu xia pian et autres films d'action.
Aux élèves considérés comme des fils mais parfois soumis au châtiment corporel dans des scènes assez crues répond une mise en scène et un regard d'une infinie douceur de la part d'Alex Law, surtout connu comme scénariste pour son épouse Mabel Cheung, l'une des "trois reines" du cinéma de HK derrière la caméra (avec Ann Hui et Clara Law - aucun lien), elle-même co-scénariste ici, 20 avant le charmant "Echoes of the Rainbow" qu'elle produira pour lui. Les années passant, le film se fait initiatique non plus seulement dans l'opéra et les arts martiaux mais également dans les amours naissantes de ses personnages adolescents en pleine Beatles-mania, ainsi que pour Maître Yu, dont la relation platonique avec une professeur d'opéra cantonais faisant parfois appel à ses élèves comme figurants - incarnée avec une luminosité inouïe par Cheng Pei-pei, la star de "L'hirondelle d'or" qui après plus de 20 ans de carrière au jeu minimaliste gagne enfin ici ses galons d'actrice - ouvrira sur la possibilité d'un épilogue hors écran de l'autre côté de l'Atlantique pour ces deux amoureux aux sentiments inavoués.
Sammo Hung n'est d'ailleurs pas en reste, et trouve probablement son meilleur rôle en donnant chair à l'écran, dans toutes ses contradictions, à ce professeur sévère et bourru mais loyal et aimant qui lui a tant appris. Un Maître Yu finalement contraint à fermer boutique faute de public en dépit de ses sacrifices et de son abnégation mais dont le frère, doublure de cinéma vieillissante peinant à maintenir son activité, mettra le pied à l'étrier à ses élèves avec pour résultat la reconversion au cinéma que l'on sait, après avoir fait l'expérience traumatique d'une tragédie sur un tournage dans l'une des plus scènes les plus poignantes et poétiques du film. Occasions manquées, vieillissement, temps perdu et inéluctabilité du changement sont ainsi des thèmes centraux pour ce petit bijou qui sait également filer la métaphore avec brio, cf. cette tortue utilisée pendant 7 ans comme pied de lit (!) et finalement relâchée au départ du maître, gambadant bon gré mal gré telle une inadaptée à cette retraite forcée, jamais vraiment libre de ses choix à l'image de ces garçons confiés très jeunes à Maître Yu par leurs parents en vue d'une carrière qui leur est imposée, et pour lesquels le cinéma sera au fond la seule alternative à un retour à la misère.
Pour ce dernier aspect, j'ai pas mal pensé au chouette "The Stunt Woman" d'Ann Hui à venir 8 ans plus tard avec le même Sammo Hung en leader charismatique d'une compagnie de doublage de scènes d'action galérant à joindre les deux bouts, au côté de Michelle Yeoh... et à vrai dire je ne serais pas étonné si l'auteure de "Love in a Fallen City" avait voulu rendre hommage à ce "Painted Faces" en continuant cette exploration de l'envers du décor et du quotidien difficile de ce métier en manque de reconnaissance, auquel Alex Law offrait déjà ici un premier coup de projecteur plein de tendresse.