A une époque où le vrai et le faux se conjuguent outrageusement, se développent au Japon des entreprises où des hommes et des femmes jouent le rôle de proches de substitution pour des inconnus, afin de les aider à surmonter la solitude, un deuil, une insatisfaction professionnelle… On peut y engager un père, un ami ou un patron si le sien ne remplit pas la fonction.
Le thème a déjà été traité au cinéma. Par Werner Herzog en 2020 dans « Family Romance, LLC », en 2025 par la réalisatrice japonais Hikari avec « Rental Family - Dans la vie des autres », ou dès 2012 par le réalisateur danois Kaspar Astrup Schröder dans le documentaire « Lej en familie A/S » (Louer une famille)
« Peacock », premier long métrage du réalisateur autrichien Bernhard Wenger, s’inscrit dans cette veine, interrogeant avec humour et finesse notre besoin de correspondre à des rôles prédéfinis, et les conséquences de ces masques sur notre authenticité.
Le personnage principal est employé d'une société viennoise proposant des services d’accompagnement aux particuliers, capable d’ interpréter n'importe qui : un ami élégant et cultivé pour briller en société, un coach en engueulades conjugales, un fils de substitution pour célébrer un père à l'occasion d'une grande fête… Il excelle à se faire passer pour quelqu'un d'autre au quotidien, mais être lui-même est un véritable défi, et la relation avec sa compagne pâtit de son habitude grandissante à être un autre.
Critique acerbe de notre monde ultra-connecté -où les nouvelles technologies censées répondre à nos besoins finissent immanquablement par coloniser nos affects- et de la société contemporaine qui incite à être parfait et à toujours se montrer sous son meilleur jour, Peacock est une comédie décalée et satirique qui interroge identité, paraître et faux-semblants. Elle est très bien interprétée par Albrecht Schuch, qui excelle en robot humanoïde, humain aux contours éminemment lisses reflétant un intérieur complètement creux.
Peacock est une comédie qui frappe par ses qualités esthétiques, le soin apporté aux couleurs et le choix des décors modernes à la fois cossus et anonymes comme si le protagoniste vivait dans un luxueux catalogue d’ameublement design. Ainsi, Bernhard Wenger semble s'inscrire dans la mouvance de ses ainés autrichiens ou nordiques, dans la lignée du formalisme de Haneke ou de Ulrich Seidl et sur les traces de la satire sociale de Ruben Östlund