Pillion investit un milieu on ne peut plus niche : celui des bikers gay BDSM, où se construisent des binômes entre un biker et son pillion, son passager, un dominé à son service. La découverte de cet univers se fait sans ambages, et l’audace du film consiste à immerger dans des pratiques crues, violentes et explicites : l’initiation sera donc autant celle du personnage de Colin que du spectateur.
Mais tout l’intérêt du film réside dans la question du point de vue, rivé à Colin, un jeune homme fragile désireux de découvrir l’amour, et qui découvre qu’il pourra s’accomplir dans ce statut de dominé. La fascination qu’il éprouve pour Ray occasionne déjà son lot d’imagerie iconique, permettant à Alexander Skarsgård d’incarner, une homosexualité triomphante toute en cuir et muscles saillants. Mais la malice du jeune candidat à la vie de couple joue d’emblée sur le trop grand sérieux dans lequel pourrait s’enliser une telle représentation. A la brutalité des corps à corps s’ajoute la découverte amusée d’un milieu haut en couleur, non sans humour.
L’idée conventionnelle d’un « kink positive », visant à ne pas juger les fétichismes ou pratiques non conventionnelles est évidemment au centre du film, mais il a l’intelligence de ne pas se transformer en manuel didactique de tolérance. Le temps long qui unit ce couple atypique permet une variation assez habile dans les confrontations à l’extérieur, dans une époque contemporaine où l’homosexualité n’est plus, a priori, un élément tabou, comme en témoigne l’attitude encourageante des parents de Colin. L’asymétrie du couple les fait certes réagir, mais se complexifie dans les revendications progressives du jeune homme, qui déstabilise l’ordre établi et constitue une prise de risque autrement plus risquée que celle de la brutalité physique.
Car la question centrale de la relation amoureuse sera entièrement rivée à l’image, les regards et l’attention apportée à certains gestes apparemment anodins, notamment dans ces belles séquences de trajets à moto, ou le couple est le plus en fusion. Et si la tendresse finit par s’exprimer, c’est surtout pour un recadrage qui laissera chacun l’occasion de définir sa place, ses règles et l’intensité avec laquelle il choisir de les appliquer.