Pillion aurait pu être un film sur le BDSM. Il choisit d’être un film sur ce qu’on s’interdit d’être.
Ray est opaque, délibérément, rigoureusement. Le film adopte le point de vue de Colin, et Colin ne comprend pas Ray. Cette opacité n’est pas une lacune d’écriture : c’est son architecture. On perçoit la faille derrière le marbre, la bienveillance derrière la distance, l’interdit derrière le protocole. Le film ne cache pas : il dose. Les informations données sont exactement suffisantes.
Colin se transforme progressivement, organiquement, sans le dire. Et ce retournement silencieux, le film le tient jusqu’à sa dernière scène, drôle et implacable. Le titre dit tout : pillion, la place du passager sur une moto. Mais une place qui peut se choisir.
L’humour naît des corps et des décalages, jamais des répliques. La bande originale est une dramaturgie à part entière. Skarsgård, statue qui tremble légèrement, est un choix de casting qui porte toute la psychologie du film.
Ce qui est rare ici n’est pas la qualité des idées mais leur tenue. La caméra observe sans commenter. L’humour surgit sans se signaler. La bande originale décale sans souligner. Rien ne cède. Sur 106 minutes, à aucun moment le film ne cherche à rassurer sur ce qu’il est. Il sait ce qu’il est.
Premier long métrage. Prix du meilleur scénario à Un Certain Regard. Ce n’est pas une récompense de promesse : c’est une récompense de maîtrise.