C'est un cauchemar mais on accroche par curiosité malsaine. La personne de Colin inspire une fascination morne, davantage une sorte de sidération que de l'empathie ; son existence même, son acharnement à rebours des principes de vie, démoralisent (sans atteindre le degré d'épouvante du dépressif Dogs don't wear pants). Si dans une relation sado-maso chacun relève beaucoup d'un penchant puis discrètement de l'autre, ici, le masochisme de Ray [interprété par le grand frère Skarsgard et une doublure bite pas frileuse du gland] consiste à s'enticher d'une créature dont la présence à vos côtés est une gêne néanmoins, tout en l'écrasant, en lui donnant du temps et de la place (moins qu'à son chien ou sa moto certes) ; tandis que Colin [a sa petite part de sadisme quand il] tourmente son monde en l'entraînant dans sa spirale de dégradation.
De la violence ou en général du graphique auraient été plus doux à contempler que cet assujetissement consenti mâtiné de mépris. Colin n'est rien pour l'autre, qu'une sorte de jouet qu'on prend tout juste la peine de malmener ou jeter ; Ray le laisse languir et l'utilise aux heures et activités prévues ; avant qu'une connivence finisse à l'usure par se créer, comme dans n'importe quelle relation humaine obligée, Ray n'exprime aucun égard, aucune 'ouverture' propre à tout contact plus avancé que celui avec un passant frôlé dans la rue – il pourrait se montrer hostile ou froidement courtois, il fait pire en tenant Colin pour un animal moins digne d'attention que son chien, pas assez significatif et capable pour être même nuisible. Et quand il s'intéresse à lui, c'est pour le pousser à couper ses cheveux (son meilleur [seul] atout d'après Peggy), comme le faisait le pervers de L'associé du diable avec la même intention de sabotage (sauf qu'ici il n'y a déjà plus de beauté ou d'estime de soi).
La complaisance des avis envers un 'kink' est donc alarmante car il s'agit davantage de folie (dans le cas de Colin) et d'abus de faiblesse ; c'est encore pire pour ceux qui voient dans cette déshumanisation, où il n'y a aucune considération et donc surtout pas de l'amour, une 'romance différente' – ou alors, c'est une romance à sens unique (mais pas une Secrétaire gay – malgré les clips slushy trop complaisants pour avoir une saveur parodique, trop ridicules et dégueulasses pour dépasser le sordide). Que le seul personnage sain de cet univers [la mère de Colin] souffre du cancer est soit un aveu soit une habileté. Enfin il faut reconnaître que l'humour fonctionne, notamment lors de la séquence en forêt avec ses déviances relativement classiques – évitez de voir ça en grignotant et sans possibilité d'accélérer. Malheureusement, le « Tu es heureux, n'est-ce pas ? » (et surtout la réponse par l'affirmative) est très drôle aussi.
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