Le film "I Swear" est un drame humain, à la fois poignant et accessible, qui réussit à aborder un sujet très délicat (le syndrome de Gilles de la Tourette, largement inconnu pour ma part) avec une grande justesse. Il s'inscrit dans la continuité des films de Ken Loach, (donc un engagement à gauche) sur fond de misère sociale mais sans tomber dans le misérabilisme. La scène d'ouverture a été largement commentée : "FUCK THE QUEEN" alors que le personnage, atteint d'une maladie neurologique, ne peut réprimer certains mouvements et paroles involontaires. Je me rappelle alors de la conférence dans The Square de Ruben Ostlünd, avec un personnage grossier et incontrôlable vient perturber ce lieu si épuré... Cette fois, le film adopte le point de vue de cet adolescent écossais victime des premiers symptômes de la maladie (Scott Ellis Watson, tremblant de sidération...). Au collège, ses camarades se moquent de lui, le bousculent dans la cour de récréation. En classe, il bute sur ses poèmes. Le principal lui tape sur les doigts, au sens propre. Au tournant des années 1980, personne ne comprend cette maladie...
Le film est largement porté par la performance de Robert Aramayo (personnage adulte) saluée pour sa précision et son intensité. Son jeu lui donne une dimension à la fois fragile et combative, rendant chaque scène crédible, drôle et touchante. Le film évite soigneusement les pièges du pathos ou de la simplification. En réussissant à mêler gravité et touches d’humour avec une grande élégance, cela permet de rendre le sujet plus universel : comment trouver sa place dans le monde et malgré sa différence ? Le récit offre une immersion progressive dans la vie d’un homme confronté à l’incompréhension sociale. Il pousse le spectateur à interroger ses propres perceptions du handicap et de la « norme sociale ». J'ai largement pensé au chef d'œuvre de Xavier Dolan: Mommy, 2014. En bref, une œuvre capable de marquer durablement le spectateur sans jamais forcer l’émotion. Ajoutons une BO impeccable. Superbe !!