Outre sa polémique idiote (comme 98% des polémiques d'ailleurs), Police est un film qui avait attiré ma curiosité du fait de son idée de départ et de son concept entre le thriller social et le drame psychologique. C'est aussi ma première incursion dans l'univers d'Anne Fontaine dont je n'avais vu absolument aucun film avant de voir ce Police. Bien loin d'être convaincu par le résultat, le film est surtout une immense frustration tant j'ai le sentiment qu'il passe totalement à côté de son joli sujet.
Police raconte donc l'histoire de trois flics bien ordinaires qui sont chargés de conduire à l'aéroport un étranger afin que ce dernier soit expulser vers son pays d'origine. Prenant conscience que ce ressortissant politique risque la mort en retournant chez lui , les trois flics s'interrogent sur le bien fondé de leur mission...
Police est bien loin de mes attentes et de mes espérances et pour causes puisque moi qui espérais que le film lorgne plus vers le thriller sous tension je me suis retrouvé fort dépourvu face à un drame psychologique un peu amorphe. Anne Fontane avait toute les cartes en main pour un formidable thriller avec ce huis clos en forme de voyage au bout de la nuit, cette tension et ses questionnements entre l'ordre et la morale et elle pouvait même y ajouter une touche de suspens et de doute sur la véritable identité et les motivations de cet étranger tout en jouant sur l'unité de temps de ce trajet pas comme les autres. Les trois personnages pouvaient offrir suffisamment de points de vues moraux et idéologiques pour explorer divers sentiments, le fait que l'étranger ne parle et ne comprenne pas le français apportait une touche d'incommunicabilité propre à faire monter la tension d'un cran et l'idée de montrer l'humanité sous l'uniforme était elle aussi une piste à explorer. Sauf que ce film là, ce vrai polar qui s'interroge à la fois sur le travail de policier et l'expulsion des étrangers, Anne Fontaine ne le propose finalement que durant à peine un tiers de son long métrage préférant s'attarder à coup de flashbacks sur ses personnages afin de leur donner une pseudo épaisseur psychologique bien peu convaincante et de caser une romance certes touchante mais des plus convenue. Comble du vide et du remplissage la première demi heure nous rejoue trois fois la même scène du point de vue des différents personnages sans que cela apporte quoi que ce soit de concrètement important ni au récit, ni à l'intrigue, ni aux personnages.
Au bout de 45 minutes, le film que j'attendais commence enfin et le plus agaçant en plus c'est qu'il est finalement plutôt réussi . Le trio de flic au centre du récit fonctionne parfaitement avec un joli trio d'acteurs avec Virginie Effira toujours très juste, Grégory Gadebois toujours aussi parfait, Omar Sy pas toujours crédible mais globalement assez bon et sans oublier Payman Maadi formidable acteur que j'ai découvert dans l'excellent La Loi de Téhéran et qui offre ici une prestation à la fois intense et retenue . Il y-a un autre élément qui me fait regretter que le film n'est pas opté pour le thriller pur et dur qui est la formidable photographie froide de Yves Angelo qui sublime à merveille cette virée nocturne urbaine. Sans être d'une grande tension qui vous colle au siège ni d'une richesse qui vous pousse à des questionnements inconfortables, Police fait enfin son boulot et propose le film que l'on était en droit d'attendre mais après 45 minutes de somnolences c'est presque déjà trop tard.
Il y-a presque deux films dans Police, un premier qui m'emmerde un peu et un autre qui sans m'enthousiasmer outre mesure me satisferait presque même si j'avoue que globalement c'est ce sentiment de gâchis et de déception qui l'emporte. Police c'est une promesse de grand film non tenue.