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L'appât du mal
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le 2 mai 2014
Je suis sorti de là avec le crâne en chantier et une seule envie distribuer des anxiolytiques à toute l’équipe du réalisateur au perchman. Rarement un film m’aura donné cette impression d’être enfermé deux heures dans une dispute conjugale sous amphétamines. On oscille en permanence entre fulgurances de mise en scène et concours de hurlements de foire.
Le problème, ce n’est pas l’excès en soi. L’hystérie, je n’ai rien contre mais trop d'hystérie tue l'hystérie. Ici elle est constante. Ininterrompue. Personne ne parle normalement, personne ne respire normalement, personne ne vit normalement. Les personnages sont tous branchés sur le même groupe électrogène en surchauffe. Isabelle Adjani et Sam Neill passent leur temps à s’invectiver, trembler, s’effondrer, se relever pour mieux recommencer. Au bout d’un moment l’intensité ne monte plus elle plafonne dans le bruit.
On a souvent voulu nous vendre le film comme une métaphore du climat politique de l’époque, avec le Mur de Berlin en toile de fond. Honnêtement à part trois plans au début pour faire genre ça reste un décor de théâtre plus qu’un véritable axe de lecture. En revanche la piste du divorce difficile de Zulawski paraît beaucoup plus probante c’est une vision destructrice du couple, disséquée avec une violence presque indécente. C’est moins une fable géopolitique qu’une crise de nerfs filmée en grand angle.
Cela dit il serait injuste de nier que le Polonais sait où placer sa caméra. Il y a des mouvements, des cadres, des surgissements qui marquent la rétine. La fameuse séquence du métro devenue le petit autel des cinéphages est d’une intensité physique. On est mal à l’aise, presque gêné d’assister à quelque chose d’aussi brut.
C’est précisément là que le film me perd. Ces moments auraient eu une force dévastatrice s’ils émergeaient d’un monde un tant soit peu stable. Or ici tout est déjà au bord de la rupture dès que le générique s'arrête. Quand tout est crise, plus rien ne l’est vraiment. À force de tension permanente, le spectateur finit par se blinder.
Possession reste un objet fascinant, certes. Il y a du génie dans cette démesure, mais c’est un génie qui confond parfois puissance et volume sonore. Adjani se donne corps et âme peut être trop et l’on hésite entre l’admiration et l'envie de lui demander de baisser d'un ton.
Chef d’œuvre halluciné pour les uns, naufrage bruyant pour les autres. Je suis quelque part entre les deux avec encore un léger bourdonnement dans les tempes et une boîte de Doliprane vide.
Créée
le 5 mars 2026
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