Fait remarquable avec la franchise Predator : chaque œuvre s’affranchit des précédentes pour proposer du neuf dans cet univers, tout en parvenant à l’étoffer. C’est ainsi une des rares licenses encore actives qui sache garder une certaine fraîcheur, un élan de curiosité qui pousse le spectateur à y aller malgré que la majorité des épisodes ne soient pas fameux. Et si après un Prey enthousiasmant, Dan Trachtenberg m’avait inquiété avec son Killer of Killers qui semblait annoncer la création d’un liant entre les différents volets, Badlands m’a finalement rassuré (au moins pour un temps, des rumeurs attestant de négociations en cours pour faire revenir Schwarzy et l’héroïne de Prey dans un futur opus…).
Badlands prend ainsi la voie de l’inversion de point de vue, nous mettant dans les bottes d’un de ces chasseurs extraterrestres et nous dévoilant un pan de sa culture martiale. Passé une introduction qui se veut aussi brutalement directe et concise que ses créatures guerrières, nous voilà plongé en pleine traque sur une planète hostile. On pense rapidement à la fantastique série Primal de Genndy Tartakovsky, dans toute sa sauvagerie mutique et violente. Du moins, jusqu’à l’arrivée de l'androïde Elle Fanning qui vient empêcher au film de s’accomplir dans une conceptualisation qui eut été favorablement radicale à mes yeux. Dommage.
Cette intrusion, témoin d’une frilosité face aux attentes mainstream qui ne saurait se contenter d’un récit sans humanité, n’empêche pas pour autant à Badlands d’adopter un dispositif très vidéoludique. Un principe de mission d’escorte/duo asymétrique alla The Last of Us ou God of War, sur une planète régie par des règles à assimiler pour réussir à affronter des obstacles redondants grâce à l’acquisition d’objets et de compétences données dans un simili die & retry. On pense cette fois à la méthode d’apprentissage observée dans le complètement barré Hundreds of Beavers.
L’arrivée d’Elle Fanning et de ses coéquipiers synthétiques (on saluera d’ailleurs la non-intrusivité du crossover avec l’univers Alien, n’en faisant jamais des caisses) signifie également la translation de l’apex predator depuis l’humain (Schwarzy et tous les héros qui suivirent) vers la machine, l’outil (usant lui-même d’un exosquelette dans une touche méta). De quoi toucher du doigt quelques interrogations légitimes de notre société qui bascule dans l’avancement technologique à toute allure sans jamais prendre le temps de réfléchir et réguler en amont. C’est léger, mais c’est là. Et à ce titre, Elle Fanning est surprenamment crédible en froide entité meurtrière.
Mais une fois que l’on a dit tout cela, il faut tout de même constater que Badlands souffre à la fois d’un réalisateur qui manque de savoir-faire pour produire des images marquantes, et d’une écriture qui dose mal son humour et laisse soupirer. On se lasse ainsi de ce singe peu crédible (jusque dans cette référence spinale insensée) ou du caractère bien trop candide d’une Thissa logorrhéique. Et c’est sans aborder les problèmes de vraisemblance qui attestent soit de raccourcis narratifs paresseux, soit d’un réel souci de technicité (comment expliquer que l’alarme ne se déclenche lorsqu’un garde synthétique est désactivé dans une base entièrement gérée par I.A.?).
Badlands est donc un bon divertissement, mais il ne dépasse jamais ce stade et s’oublie assez rapidement. Il n’en reste pas moins dans le haut du panier de la franchise, et réjouit par sa tentative d’apporter du neuf, malgré une audace timorée.