On le sait, TOUT ce qui est aujourd'hui effleuré, même par simple contamination à distance par Ridley Scott subit le même traitement, même si généralement c'est lui qui se charge de pisser sur ses licences (pour peu que l'obsession de la cohérence soit une de vos préoccupations premières, mais même sans ça, il a le superpouvoir de mettre à mal votre suspension d'incrédulité, même en se forçant).
Dan Trachtenberg a intelligemment refusé, vu le résultat de ses prédécesseurs, de s'agripper aux branches de l'Originel McTiernan, ou de l'injustement malaimé second opus, et propose, depuis Prey, une danse entre le reboot et le relaunch étonnamment réussie, en particulier si l'on compare son run à tout ce qui précède, entre ceux qui singent le premier en voulant être plus fort plus musclé plus mieux, ou les fausses suites qui, elles aussi, croient en la carte "surenchère=réussite" (et je ne mentionne que contraint et forcé la danse avec les Stars loupée de la promesse non tenue des Aliens/Predator, qui malgré tout, si l'on accepte le statut de série B assumée, sont des spectacles acceptables, et ont conscience de leur statut, contrairement à notre Scott qui sacrifie trop à la forme, piétinant les fantasmes et les espoirs qu'il avait lui-même, fut un temps, réussi à faire germer).
Bref, voilà, on a posé ce que Predator n'est pas depuis que le petit dernier a pris les commandes.
Mais du coup, qu'est ce que ça donne ?
Déjà, une culture moins monolithique que suggérait le premier, et que confirmait le second. On abandonne la menace abstraite du chasseur Apex sans lien pour focaliser de façon efficace, je trouve, sur l'existence d'une culture axée sur la masculinité toxique (balancetonpredator^^), la violence, la loi du plus fort, mais pas que. Après un Prey qui jouait la carte de l'inversion des rôles et posait le mode opératoire de Dan Trachtenberg : le principe du spin-off version comics. Il affirme son intention de ne pas s'inscrire avec précision dans la chronologie des films précédent, et confirme cette intention de départ en sortant un projet personnel, Predator : Killer of Killers, appuyant sa volonté de tracer des pans du mythe sans les limitations d'un Marvelverse.
Cette approche lui donne la latitude nécessaire pour apposer sa patte sur le lore en question sans risquer de trop le malmener et se mettre une armée de fans à dos, et de respirer un peu, si on compare au casse-tête casse-bonbons que sont devenus les GNAGNAverses où il faut avoir suivi dix séries TV, lu les comics mais pas trop, et avoir en tête tous les films des licences pour capter ce que le dernier film a à offrir... Hum...
Bref, ici, on a le vilain petit canard de la race des Yautja sur la planète originelle sobrement appelée Yautja Prime, Dek, donc, est chétif en comparaison de l'ensemble du clan, et de son grand frère Kwei, le pur guerrier, avec un coeur qui bat sous sa carapace, là où le père bien tyrannique considère que faiblesse=honte, et semble avoir ordonné à son fils musclé de se débarrasser de l'avorton.
Avide de prouver sa force et malgré les avertissements bienveillants de son frère, Dek va se rendre sur une planète VRAIMENT hostile qui fait même frissonner son couillu de père pour ramener en trophée la tête du Kalisk, une créature qui ne figure pas encore au panthéon des trophées Yautja. Sur ce postulat de départ, et un départ précipité, Dek tombe sur une demi androïde made in Weiland qu'il sauve par convenance et qui réussit à démontrer son utilité, malgré le fait qu'elle ait été coupée en deux par le Talisk, et accepte de se servir d'elle comme outil, afin de contourner la loi des Yautjas : ils chassent en solitaire.
Une petite créature bien forte malgré son coté mignon quasi Disney rejoint le duo, et on pourrait se vraiment se croire dans un Disney, entre un Yautja pris d'élans d'empathie, des mignonneries de la bébête qui imite Dek quasi comme un papa de substitution, mais le réalisateur ne cède pas à la facilité de ce setting, et sait se rappeler des enjeux, et nous le rappelle avec cruauté quand nécessaire.
Et le film poutre envoie du bois, malgré ses défauts, malgré la présence d'un camp Weiland sur place qui chassent la même bête pour leurs obscurs plans déguisé en volonté de sauver l'humain. Le camp est exclusivement composé de synthétiques sans émotions sauf un binôme, oui : la cul-de-jatte destinée à la recherche et sa jumelle aventurière. Mais si facilités scénaristiques il y a, et qu'on a envie de vomir quand on voit un Predator faire un calin à un monstre, le film reste droit dans ses pompes et ne vire pas (trop) dans l'écueil que ce setting pouvait nous faire craindre. Violence et tension sont là dans ce film d'aventure qui ne se refuse pas quelques subtilités et profondeurs, quand bien même elles sont amenées à l'emporte-pièce et relativement facilement anticipable.
Ca ne m'a pas gaché le plaisir, ça pourra en rebuter certains, a priori, mais rien que le plaisir du setting, une planète où l'hostilité est au centre des mécaniques naturelles, es interactions entres les personnages moins claires qu'il n'y paraît, et la volonté du réalisateur de sacrifier la cohérence à tout prix sur l'autel de l'efficacité et de l'action, sans compter de belles chorégraphies d'action, je refuse de bouder mon plaisir. Mais c'est un choix personnel, faites dont le votre en connaissance de cause.