Plus je revois ce film, plus il m'intrigue. La mise en scène de Denis Villeneuve, sobre, élégante et parfaitement maitrisée, dégage une étrange sérénité. Froid et mathématique, oui, mais jamais austère ; au contraire, une certaine forme de douceur s'en détache. Miroir inversé de Rencontres du troisième type, parce qu'ici, tout est rationnalisé et analysé avec minutie afin d'être compris. On est loin de l'expérience quasi mystique d'un Spielberg. Cela dit, rarement un film dénué autant d'action véritable, reposant sur le dialogue, la curiosité et le déchiffrement, réussira à maintenir une telle intensité pendant plus de deux heures.


Arrival, c'est avant tout une œuvre sur le langage. Louise Banks, linguiste incarné avec une chaleur et une humanité remarquable par Amy Adams (qui vient agréablement contraster avec la mise ne scène), est mandatée pour décrypter la langue des heptapodes. Sa bienveillance naturelle vient sublimer la dissonance narrative de l'hostilité et paranoïa ambiante d'un monde qui sombre peu à peu dans la discorde. Là où les Etats se déchirent dans la seconde partie, elle tente coûte que coûte de construire un pont, une communication, une entente. Et Villeneuve capte ce désaccord avec une puissance magique.


Le film rappelle que les mots façonnent notre esprit, mais aussi nos civilisations. Notre vocabulaire vient de loin, du compost de notre esprit : choisir son langage, c'est choisir sa manière de percevoir le monde, de le traduire. En apprenant la langue des heptapodes, Louise accède à une autre vision du temps, non linéaire mais circulaire, totale - un peu à l'image du Tesseract d'Interstellar. Dès lors, le récit bascule : ce qu'on pensait être les images rémanentes d'une fille perdus, des souvenirs douloureux, deviennent des visions d'un futur à venir, une promesse de vie et d'espoir. Le langage devient ainsi vecteur de culture, de perception, et même d'existence.


Arrival est un hymne au pacifisme, à la communication, et par extension, à l'imaginaire (ça reste un récit de science-fiction, même si on peut sembler parfois l'oublier - d'où le talent de Villeneuve). Amy Adams livre une performance étincelante, portée par une écriture qui refuse les archétypes et célèbre une héroïne intelligente, indépendante et empathique. Jeremy Renner, scientifique affectueux au possible, complète ce duo avec justesse, et tout le casting sert cette vision ambitieuse d'un blockbuster singulier.


Enfin, il faut saluer la direction artistique : la photographie, les heptapodes, leur vaisseau monumental en forme de granite, tout est conçu avec une sobriété déroutante et fascinante. De telles visions sont rares et franchement appréciables. Et la musique du regretté Jóhann Jóhannsson enveloppe l’ensemble d’une atmosphère sonore envoutante, presque organique (vous entendez aussi des chants de baleine ?), qui parachève l’expérience. Sans doute même que la compréhension du langage de ce film opère en nous, inconsciemment, une forme d'hypnose.


Arrival est moins un film de science-fiction qu'une forme de méditation sur le langage, le temps et la communication. Une œuvre rare, qui reste suspendue en mémoire longtemps après le générique.

OuaZz
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs films de science-fiction, Les meilleurs films de 2016, Les meilleurs films des années 2010, Les 100 films de ma vie et Les meilleurs films sur le deuil

Créée

le 26 août 2025

Critique lue 14 fois

Premier Contact

Premier Contact

8

Velvetman

le 10 déc. 2016

Suivre

Le lexique du temps

Les nouveaux visages du cinéma Hollywoodien se mettent subitement à la science-fiction. Cela devient-il un passage obligé ou est-ce un environnement propice à la création, au développement des...

Premier Contact

Premier Contact

8

Sergent_Pepper

le 10 déc. 2016

Suivre

Mission : indicible.

La science-fiction est avant tout affaire de promesse : c’est un élan vers l’ailleurs, vers l’au-delà de ce que les limites de notre connaissance actuelle nous impose. Lorsqu’un auteur s’empare du...

Premier Contact

Premier Contact

5

mavhoc

le 29 déc. 2016

Suivre

I just met you and this is crazy

Je dois bien avouer que ce qui me paraît le plus difficile avec Premier Contact est d'avoir un avis englobant. Il est, il me semble, difficile de prendre le film comme un tout tant se mêle dedans une...

Marty Supreme

Marty Supreme

7

OuaZz

le 4 févr. 2026

Suivre

Let

Séparé de son frère, Josh Safdie ne perd pas le nord et maintient son cap à vouloir toujours et encore filmer des paumés qui dream big et trop fort. Marty Supreme, c’est un script shooté à...

Garance

Garance

7

OuaZz

le 27 mai 2026

Suivre

Santé !

Après ses deux derniers films jouant avec des échiquiers de personnages plutôt larges, Jeanne Herry revient sur le devant de la scène avec une histoire au point de vue unique, embrassant la vie de...

Une fête sans fin

Une fête sans fin

7

OuaZz

le 9 juin 2026

Suivre

Veridis Quo

Il y a des bandes dessinées qui racontent une histoire, et d'autres qui cherchent à jouer avec vos sens, à ouvrir une trappe sous vos pieds et vous faire goûter au vertige. Une Fête sans Fin...