Prey
6.2
Prey

Film de Dan Trachtenberg (2022)

Voir le film

« I don't know that this thing can be killed. » NARU

Alors que The Predator de Shane Black était en cours de tournage, la 20th Century FOX travaillait discrètement à un autre projet lié à l’univers Predator. Ce projet, baptisé Skulls, se développait en parallèle, à l’abri des regards du public et de la presse spécialisée. Ce silence stratégique visait à éviter tout parasitage de la promotion de The Predator et à expérimenter une nouvelle approche narrative, radicalement différente du ton des précédents opus. Il s’agissait pour le studio de repenser la franchise à travers un prisme plus intime et historique, tout en conservant le cœur mythologique du Predator.

Le scénario de Skulls, écrit par Patrick Aison, tranche nettement avec les précédents films de la saga. Il met en scène une jeune femme Comanche du XVIIIe siècle, Naru, qui cherche à briser les conventions patriarcales de sa tribu pour prouver sa valeur en tant que chasseuse. Fait intéressant : le mot Predator n’apparaît à aucun moment. Le récit est conçu pour fonctionner d’abord comme un drame de survie historique, renforçant l’idée que l’ennemi, et le lien avec la saga, se révélera progressivement.

Dan Trachtenberg est engagé pour réaliser le projet. Sa sensibilité aux récits confinés, tendus, et centrés sur un personnage féminin en font un choix idéal pour Skulls, il n’y a qu’à voir son 10 Cloverfield Lane. Dès le début, Trachtenberg s'engage dans une démarche de discrétion extrême : il ne révèle à aucun moment que le film fait partie de l’univers Predator. Même dans ses déclarations publiques, il évoque uniquement un thriller d’époque sur une chasseuse autochtone. Ce silence orchestré est aussi une tentative de redéfinir la franchise en s’éloignant de l’image musclée et futuriste de ses prédécesseurs, et d’introduire une approche plus sobre, presque minimaliste.

Le rachat de la 20th Century FOX par Disney change la donne.

En 2020, Disney annonce officiellement que Skulls est bien un nouvel opus de la saga Predator. Cette révélation met fin à la stratégie de secret initiale. Dan Trachtenberg explique alors que son intention première était de dévoiler la véritable nature du film seulement à la toute fin de sa campagne promotionnelle, voire pendant le visionnage, afin de surprendre le public. Cependant, avec la mise sous l’étiquette « franchise » par Disney, cette ambition devient irréalisable.

En 2022, Skulls renommé Prey sort en exclusivité sur la plateforme Disney + en France et sur Hulu aux États-Unis.

Quelle surprise de découvrir une œuvre d’une telle ampleur sur une plateforme de streaming comme Disney + ! Le film aurait largement mérité une sortie en salles tant son ambition visuelle et sa tension dramatique sont dignes du grand écran. Le choix de Disney de proposer ce film directement sur sa plateforme témoigne d’une nouvelle stratégie de diffusion, mais n’enlève rien à la qualité du projet. C’est une véritable bouffée d’air frais pour la saga Predator, souvent malmenée ces dernières années.

L’intrigue prend place dans les vastes plaines du nord des États-Unis, au cœur d’une tribu Comanche au XVIIIe siècle. L’immersion est immédiate : les paysages majestueux, capturés par une photographie à la fois naturaliste et poétique, restituent un monde encore sauvage, brut, presque onirique. Chaque plan est une peinture vivante. La musique de Sarah Schachner, subtile et organique, mêle sons tribaux et ambiances électroniques discrètes pour renforcer l’atmosphère. Tout concourt à plonger le spectateur dans cette époque lointaine, et à crédibiliser une confrontation entre traditions humaines et entité extra-terrestre.

Amber Midthunder, principalement connue pour ses rôles dans des séries télévisées, incarne ici avec justesse et intensité Naru, une jeune femme déterminée à prouver sa valeur dans une société patriarcale. Dès le début, elle se distingue par sa volonté farouche d’être reconnue comme chasseuse, malgré les nombreux échecs et les remontrances constantes des hommes de sa tribu. Ce qui fait sa force, ce n’est pas la puissance brute, mais son intelligence, son sens de l’observation et sa débrouillardise. C’est en comprenant la logique du Predator, en anticipant ses gestes, qu’elle parviendra à inverser le rapport de force. Une héroïne crédible, imparfaite et profondément humaine.

Le monstre emblématique de la franchise se dévoile ici sous une forme inédite. Dans la lignée du premier film, le suspense est maîtrisé : le Predator reste caché, se révélant progressivement au fil de ses confrontations. Cette version, plus primitive, presque tribale, rompt avec les designs plus technologiques des épisodes précédents. Son apparence, à la fois familière et nouvelle, repose sur un design repensé : casque en os, armement plus rudimentaire, musculature bestiale. Un véritable bijou de chara-design, à la fois inquiétant et hypnotisant, qui renouvelle avec intelligence l’image de la créature sans trahir son essence.

Le Predator ne se précipite pas sur ses proies. Fidèle à son code, il remonte méthodiquement la chaîne alimentaire : il attaque d’abord un serpent, puis un loup, un ours, avant de s’en prendre aux hommes. Ce parcours symbolique montre que la créature ne cherche pas seulement à tuer, mais à se mesurer à ce qu’il estime être un adversaire digne. Et c’est là que le film joue avec les attentes : ce n’est pas le guerrier le plus fort ou le plus armé qui lui fera face, mais Naru, frêle, marginale, et sous-estimée. Ce contraste rend le duel final d’autant plus fort, à la fois sur le plan physique et symbolique.

Le film construit patiemment son affrontement final. Chaque détail du scénario, chaque piège observé, chaque échec subi par Naru, prépare le terrain pour un combat inévitable. Ce duel, véritable point d’orgue, tient toutes ses promesses. Il n’est pas juste spectaculaire : il est narrativement justifié. C’est une confrontation entre deux chasseurs, deux intelligences, et non une simple opposition de force brute. En triomphant du Predator, Naru ne devient pas juste une survivante, elle s’affirme comme une véritable chasseuse, accomplissant le rite initiatique qu’aucun homme de sa tribu n’aurait cru possible pour elle. Une inversion brillante des codes du genre.

Prey redonne à la saga Predator son souffle originel, celui du suspense, de la tension, de la survie. Il ose changer de décor, de héros, de ton, tout en restant fidèle aux fondements du mythe. Grâce à une mise en scène sobre et efficace, une héroïne forte sans être idéalisée, et un respect intelligent de la créature emblématique, Prey s’impose comme l’un des meilleurs opus de la franchise, peut-être même le plus abouti depuis l’original. Un retour aux sources inspiré, et une promesse d’avenir si la franchise continue dans cette voie.

StevenBen
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films de 2022 et Les meilleurs films de la saga Predator

Créée

le 12 juin 2025

Critique lue 13 fois

Steven Benard

Écrit par

Critique lue 13 fois

D'autres avis sur Prey

Prey

Prey

5

lait-gris

107 critiques

Géraldine la rebelle contre Prosper le rastaquouère

Géraldine est une rebElle.Elle dort avec son maquillage émo, en attendant un vrai tatouage de grande.Elle tire la gueule tout le temps, pour paraître badass, (street credibility). Elle n'aime pas la...

le 14 août 2022

Prey

Prey

7

RedArrow

1250 critiques

Pré-Predator

Après l'avoir laissé empêtré dans le ridicule impardonnable de "The Predator" (2018) commis par un Shane Black en roue libre, on commençait à croire que l'heure d'une retraite bien méritée était...

le 5 août 2022

Prey

Prey

3

Boubakar

6795 critiques

Leave Predator alone !

Au XVIIIe siècle, sur le territoire des Comanches, une jeune indienne, Naru, va devoir faire face à une créature inconnue qui a le pouvoir de disparaitre... Le carton de Predator, le film signé John...

le 7 août 2022

Du même critique

Mario Tennis Fever

Mario Tennis Fever

7

StevenBen

943 critiques

« Let’s a play ! » MARIO

En 2025, la Nintendo Switch 2 entame officiellement son cycle de vie commercial. Après une phase de lancement marquée par des titres vitrines destinés à démontrer ses capacités techniques, la...

le 13 févr. 2026

Légendes Pokémon : Z-A

Légendes Pokémon : Z-A

6

StevenBen

943 critiques

« Je dois beaucoup à Monsieur A.Z. » CETY

En 2022, Légendes Pokemon : Arceus sort sur Nintendo Switch et bouleverse en profondeur les codes établis de la licence Pokemon. Pour la première fois, la série adopte une structure semi–monde ouvert...

le 2 avr. 2026

Superman IV - Le Face à face

Superman IV - Le Face à face

3

StevenBen

943 critiques

« I just wish you could all see the Earth the way that I see it. » SUPERMAN

À la suite de l’échec critique et commercial de Superman III, les producteurs historiques de la franchise, Alexander Salkind et son fils Ilya Salkind, perdent confiance dans la rentabilité de la...

le 3 juil. 2025