En 2010, après Predators, le producteur Robert Rodriguez souhaite développer davantage cette licence culte. Il imagine des suites ambitieuses, explorant de nouveaux environnements et élargissant le lore autour des Yautja. Son enthousiasme est palpable : pour lui, Predator n’est pas qu’une série de films, c’est un monde entier à explorer. Malheureusement, son film peine à convaincre. Malgré une ambiance fidèle au film original et une volonté de bien faire, le public ne suit pas totalement, et la critique reste tiède. Résultat : le film ne performe pas comme espéré au box-office, ce qui refroidit les projets de suite immédiate.
En 2014, la 20th Century FOX prend une autre direction, probablement échaudé par les résultats mitigés du film. Exit Robert Rodriguez, pourtant très impliqué dans la relance de la licence. La FOX veut un renouveau, un souffle différent. L’idée est de moderniser la saga tout en retrouvant ce qui avait fait la force du premier film. C’est donc un tournant, un changement d’équipe et de ton qui se profile.
Shane Black est choisi pour écrire et réaliser ce nouveau chapitre. Un choix à la fois inattendu et logique : acteur dans Predator (il jouait Hawkins), Black est aussi devenu un réalisateur respecté. Le voir aux commandes du quatrième film est une belle surprise, un clin d’œil pour les fans de la première heure. Il connaît l’univers, il y a participé, et il est désormais en position de lui redonner vie. Pour l’écriture, il s’associe à Fred Dekker, son complice de toujours. Ensemble, ils semblent bien armés pour offrir un nouveau départ à la franchise.
Shane Black et Fred Dekker ont des intentions très clair : délaisser les affrontements grandiloquents pour revenir à une tension plus sourde, à un thriller de survie dans la veine de celui de McTiernan. Ils parlent d’un film héritage, d’un hommage respectueux au mythe du Predator. Mais autant le dire tout de suite, leurs promesses c’étaient du vent.
En 2018, The Predator sort enfin en salles, l’attente était grande, les espoirs aussi. Mais le résultat laisse un goût amer.
Le film était censé être un retour aux sources, un hommage au premier, une œuvre intimiste, tendue, atmosphérique. Et pourtant, il débute… Dans l’espace. Littéralement. Un vaisseau Predator poursuivi par un autre, des explosions numériques, une scène de crash digne d’un blockbuster générique. On est à des années-lumière de la jungle moite et oppressante. Ce n’est plus de la tension, c’est de la science-fiction sans âme. En quelques minutes, toute prétention à rendre hommage au film original est balayée.
Chaque mise à mort, chaque combat, est exécuté avec des CGI criards et sans impact. Où est passé le travail de maquillage ? Les effets pratiques ? La brutalité physique des affrontements du premier film ? Ici, tout est aseptisé, lisse, sans poids ni gravité. Le sang est numérique, les coups sont flous, et le montage saccadé empêche toute immersion. Visuellement, le film ressemble à un épisode de série à budget moyen. Il ne dégage aucune identité, aucune patte visuelle, rien qui rappelle l’aura sombre et tendue de la franchise. On peine à croire que c’est un film de cinéma.
Le Super Predator est un affront, non seulement il est entièrement réalisé en images de synthèse, mais en plus il manque cruellement de charisme. Loin de susciter la peur ou le respect, il ressemble à une caricature numérique mal intégrée. Le Predator classique, pourtant bien plus effrayant et tangible, n’apparaît que brièvement avant d’être évacué de l’intrigue. Résultat : le monstre principal du film est moins crédible, moins marquant que celui des années 80. Pire encore, les chiens Predators, censés être de nouvelles créatures menaçantes, sombrent dans le ridicule. Mention spéciale à celui qui devient littéralement le chien de compagnie du groupe… On frôle la parodie involontaire.
Boyd Holbrook incarne un soldat d’élite, mais peine à convaincre dans ce rôle, il n’a pas de consistance. Ni sa présence physique, ni son jeu ne suffisent à imposer son personnage. Il est censé être un père absent, un mari démissionnaire, mais rien de tout cela ne trouve de résonance. L’émotion est absente, et l’attachement est impossible. Son fils, un jeune garçon autiste, devient central dans l’histoire… Mais cette intrigue manque de subtilité et de sens. Le père comme le fils sont englobés dans un scénario confus, qui n’arrive jamais à construire un véritable lien émotionnel.
Trevante Rhodes, Thomas Jane, Keegan-Michael Key, Alfie Allen et Augusto Aguilera incarnent des personnages censés former une troupe atypique, un peu barrée. Mais à l’écran, ça ne fonctionne pas. Aucun n’est vraiment attachant, leur humour tombe systématiquement à plat, et ils surjouent des personnalités stéréotypées. Ils se veulent drôles, subversifs, abrasifs… Mais ne provoquent que gêne et confusion. Le ton est complètement en décalage avec l’univers Predator. Ce qui devait être une équipe décalée et marquante devient un groupe bruyant, agaçant et inutile.
Shane Black a toujours mêlé action et humour dans ses films. Mais ici, il se plante complètement. Les blagues sont lourdes, hors de propos, parfois même déplacées. L’ambiance comique ruine toute tentative de tension ou de gravité. On ne ressent jamais le danger, jamais l’urgence. Le ton du film devient alors un patchwork incohérent où l’horreur et le burlesque se tirent dans les pattes en permanence.
Jacob Tremblay, talentueux jeune acteur, se voit confier un rôle improbable : celui d’un enfant autiste capable de décrypter et contrôler la technologie Predator. Selon le Super Predator lui-même, il serait la plus grande menace pour son espèce. C’est absurde. Le scénario tente maladroitement de glorifier l’autisme, mais cela se fait sans finesse, sans crédibilité. À la fin, ce gamin travaille même pour Stargazer, une sorte d’agence pseudo-scientifique ultra-secrète. Ce n’est plus Predator, c’est une série Disney avec des gadgets extra-terrestres et un enfant prodige au centre. Le ridicule est à son comble.
L’ultime séquence introduit un « Predator Killer », une sorte d’armure de combat humanoïde qui évoque directement Iron Man. Un design clinquant, hors-sujet, sans aucune cohérence avec l’univers initial. On sent ici l’influence de Shane Black post Iron Man 3, mais mal utilisée, mal justifiée. Ce qui devait être un cliffhanger excitant pour une suite éventuelle devient un gag involontaire. On a quitté la jungle pour entrer dans un univers de super-héros bas de gamme. Où est passée la promesse de Shane Black de revenir à l’essence du mythe ? On ne sait pas. Peut-être perdue dans les effets numériques et les blagues ratées.
The Predator est une immense déception. Un film prétentieux qui ne respecte ni son héritage, ni ses spectateurs. Ce n’est ni un bon film d’action, ni un bon film de science-fiction, encore moins un Predator. C’est un patchwork incohérent, mal écrit, visuellement fainéant, et globalement embarrassant. On est loin, très loin, de la tension, de la brutalité et de la simplicité efficace du film de 1987. Shane Black avait tout pour réussir, mais il a livré un film qui trahit tous ses engagements. En tant que fan, c’est une véritable trahison. Le plus dur, c’est que malgré tout ça, on continue d’espérer un vrai retour du Predator…